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La Redaction 6 avril 2018

 

« Le Renseignement militaire est une institution relativement récente dont l’objet est de clarifier la réalité grâce à la collecte d’informations et à leur estimation. Bien que l’espionnage compte parmi les métiers les plus anciens du monde, les premiers organismes institutionnels du Renseignement ne sont apparus qu’à la fin du XIXe siècle. Au début de leur existence, ces organismes se sont surtout attachés à recueillir des renseignements, mais à mesure que l’information collectée augmentait et se diversifiait, il est devenu nécessaire de bien la comprendre et de la compléter par des estimations. Le présent ouvrage se penche sur les fondements logiques, méthodologiques et philosophiques du processus estimatif. Il en examine également les implications sur le plan éthique, et s’attache à définir ainsi une Philosophie du Renseignement, dont les enjeux dépassent la simple discussion philosophique, et engagent quelquefois la vie et la mort d’individus. »

Une correspondance inédite avec le philosophe Paul Feyerabend, et le récit d’une rencontre avec Reginald Victor Jones, chef de l’Intelligence Service pendant la Seconde Guerre mondiale, viennent compléter l’ouvrage.

À propos d’Isaac Ben-Israël

Isaac Ben-Israël (Tel-Aviv, 1949) enseigne à l’Université de Tel-Aviv au département des « Security Studies » et d’Histoire et philosophie des sciences et des Idées. Ancien Général de l’Armée de l’air israélienne, il a dirigé différents secteurs dans le domaine de la stratégie de défense et du renseignement militaire entre 1967 et 2002.

Un extrait de l’introduction

Le Renseignement militaire est une institution relativement récente dont l’objet est de clarifier la réalité grâce à la collecte d’informations et à leur estimation. Bien que l’espionnage compte parmi les métiers les plus anciens du monde, cela ne fait que cent ou cent cinquante ans que sont apparus les premiers organismes institutionnels du Renseignement s’occupant de menaces extérieures. Au début de leur existence, ces organismes se sont surtout attachés à recueillir des renseignements, mais à mesure que l’information collectée augmentait et se diversifiait, il est devenu nécessaire de bien la comprendre et de la compléter par des estimations. Le présent ouvrage se penche sur les fondements logiques, méthodologiques et philosophiques du processus estimatif.

La discussion de ce sujet s’appuie sur l’analogie entre l’institution du Renseignement et une autre institution chargée elle aussi d’éclaircir la réalité : la science. L’estimation des renseignements s’avère plus ardue et plus complexe que la prévision scientifique car elle repose sur une matière vivante, à savoir des êtres humains. Or ces derniers, doués d’un libre arbitre, peuvent agir de façon dissimulée pour tromper l’agent du Renseignement lors de son investigation. C’est la raison pour laquelle des grands classiques parmi les penseurs et théoriciens de la guerre (tel que Carl von Clausewitz) considéraient que le Renseignement n’avait pas de rôle important dans l’art de la guerre et que le stratège n’avait pas à tenir compte de rapports au caractère généralement outrancier et mensonger. Le Renseignement est perçu par Clausewitz comme ce qui embrume le combat et non pas comme l’un des facteurs cruciaux de la victoire. Sur le plan méthodologique, il existe toutefois une similitude entre les difficultés inhérentes au processus d’estimation des renseignements et la recherche scientifique : tant l’estimation des renseignements que la prévision scientifique se fondent sur des hypothèses, lesquelles sont tout au plus réfutables, mais dont l’exactitude ne peut jamais être tenue pour certaine.

La majeure partie du présent ouvrage se rapporte donc à la philosophie moderne de la science et aux conclusions qu’elle permet de tirer quant à l’investigation et à l’estimation dans le domaine du Renseignement. Parmi les sujets abordés, figurent la question de la généralisation à partir d’éléments connus (induction), la progression du savoir par la critique et par la réfutation, la question de la solidité de l’estimation au crible de la réfutation, et la corrélation entre les faits observables et la théorie. Cette part de l’ouvrage traite de théories consacrées que l’on doit à des philosophes de la science tels que Francis Bacon et David Hume, ainsi qu’à des personnalités ayant marqué la philosophie de la science du vingtième siècle, comme Karl Popper, Thomas Kuhn, Paul Feyerabend et Imre Lakatos. À de nombreux égards, ce volet constitue une sorte d’introduction à la philosophie de la science moderne.

Philosophie du renseignement. Logique et morale de l’espionnage, Paris, édit?
de l’Eclat, 2003. Texte traduit de l’hébreu en français par Laurent Schuman, avec le concours du Centre National du Livre.

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