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Robinson Jerome 7 août 2018

 

Des régiments russes de tanks et d’artillerie portent les noms de Berlin, Varsovie et Lviv, comme sous Staline. Le président russe ressuscite également le contrôle idéologique sur l’armée.

Vladimir Poutine lors du Jour du défenseur de la patrie, le 23 février 2018. Organisé tous les ans, comme le Jour de l’armée rouge sous l’URSS, ce jour férié célèbre l’armée nationale.

 

L’initiative de Vladimir Poutine risque d’irriter à nouveaux ses voisins occidentaux. Le président russe a signé une série d’oukases renommant onze régiments motorisés blindés et infanterie du nom de villes ou régions situées en Allemagne, Biélorussie, Ukraine, Pologne et Roumanie. Les documents ont été signés le 30 juin 2018, mais la nouvelle n’a été rendue publique que le 2 août.

 

Pour le Kremlin, il s’agit de  conserver la mémoire glorieuse des guerriers et des traditions militaires, l’éducation des soldats dans l’esprit de la dévotion envers la patrie et de la fidélité au serment militaire. Mais la tradition consistant à baptiser les régiments du nom de victoires à l’étranger remonte à 1945, c’est-à-dire à l’époque de Staline.

 

Le Kremlin s’emploie aussi activement, à travers les célébrations publiques et la télévision d’État, à tracer des parallèles entre la Seconde Guerre mondiale, la Guerre froide et le temps présent. Le culte d’État de la victoire de 1945 permet de présenter la dictature stalinienne sous un jour favorable, l’Occident comme un ennemi perfide et, au final, permet de justifier des dépenses militaires disproportionnées par rapport à la taille de l’économie russe.

 

Le culte de la victoire s’articule avec une amnésie de l’occupation par l’armée rouge des pays du Pacte de Varsovie de 1945 à 1991, qui nourrit toujours un profond ressentiment des populations envers le « grand frère russe ». Dans sa narration de l’histoire, la télévision d’État va jusqu’à justifier l’écrasement de la révolution de Budapest (1956) et celle du Printemps de Prague (1968) comme des ripostes contre des ingérences orchestrées par l’Otan.

 

Ce culte se traduit dans la rue par d’innombrables autocollants  patriotiques collés sur les voitures, aux slogans tels que  vers Berlin  ou  nous pouvons recommencer  sous-entendu à lancer nos tanks sur l’Europe. Le chef d’État-major de l’armée ukrainienne Viktor Moujenko a notamment réagi jeudi en accusant  les Russes de poursuivre leur longue tradition consistant à voler l’histoire et la gloire d’autrui.

 

Chez les pays voisins, la méfiance est de mise
Le contexte actuel de confrontation avec l’Otan, lié à l’annexion de la Crimée en 2014 et au conflit dans le Donbass plus de 10 000 morts, ôte tout caractère anodin à ce type d’initiative russe. Tous les pays voisins de la Russie sont sur leurs gardes, y compris la Biélorussie, pourtant plus proche allié géopolitique de Moscou.

 

Le 3 août 2018, Vladimir Poutine a en outre signé un autre oukase controversé, qui ressuscite le contrôle idéologique sur l’armée russe. La  direction politico-militaire  qui avait été dissoute en 1991 veillera de nouveau à la loyauté absolue des militaires envers le régime. Un retour de plus à la tradition stalinienne.

 

Par Robinson, JEROME

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