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La Redaction 25 septembre 2018

Par Sully Jévelt

Une nouvelle faisait la une, ça va très mal au Pénitencier D’Haïti. Ma curiosité m’y transportait. Allons-nous découvrir ce nouveau monde, le Pénitencier D’Haïti.

 

Le Pénitencier D’Haïti ou la prison civile de Port-au-Prince est un endroit inhumain non seulement pour les prisonniers mais aussi pour les visiteurs. Pour décrire cette prison, de l’extérieur à l’intérieur, la phrase qui marcherait serait “ça va très mal”. Déjà comme ceux qui ont vécu en Haïti le savent, pour passer dans les boîtes de l’État, il faut perdre moitié de sa nuit, c’est une triste réalité en Haïti. Il faut être présent à la ligne depuis à 2 heures ou 3 heures du matin même si le bureau sera en fonction à 8 heures. Qui donc, s’il y a une exception à cette règle, Le Pénitencier D’Haïti ne l’est pas. Les visiteurs passent plus de 5 heures debout dans la ligne avant que les huit heures aient sonné car il n’y a pas même une seule chaise ou un banc pour qu’ils puissent s’asseoir. Et après cela, ils auront à attendre jusqu’à 11 heures pour qu’ils commencent par y rentrer.

 

Dès l’arrivée d’un visiteur par devant la prison, il faut déjà penser au bilan médical car on va être sûrement malade. Se positionner par devant la prison seulement provoque beaucoup de troubles sanitaires comme nausée, étourdissement, vomissement, hypersalivation, hypertension artérielle, dépression, etc. Ceci, la mauvaise odeur qui se dégage devant la prison empêche même les gens de la zone de respirer. Les ordures ne se manquent pas là-bas. Si vous souffrez d’asthme, de sinusite et si vous ne souhaiteriez souffrir d’une infection respiratoire, n’y allez pas ou du moins sécurisez-vous auparavant. C’est drôle de voir les visiteurs déposer les aliments et les autres choses qu’ils apportent aux prisonniers par terre dans la poussière. C’est triste de constater que les visiteurs sont traités plus mal que des chiens. Et je m’étais demandé si suis en train de rêver quand je voyais comment les policiers avaient injurié certains visiteurs. Pour la façon que je constate cette prison, on dirait que même les policiers sont tous dans la pénitence. Une prison avec de vieux murs, on dirait une maison abandonnée. Si un visiteur a un besoin comme uriner, cracher, vomir, il sera obligé de le faire par devant la prison. Après tous ces mauvais traitements et toutes ces misères et bien tant d’autres à l’extérieur de la prison, l’heure avait sonné pour que les visiteurs allassent être injuriés et maltraités à l’intérieur. Mais, en voyant comment les visiteurs sont maltaités, je m’étais posé pas mal de questions en tenant ma serviette sous mon nez: Comment est la vie des prisonniers à l’intérieur de cette prison? Pourquoi refusent-ils certaines choses qu’un visiteur apporte à un prisonnier? Pourquoi les policiers injurient-ils les visiteurs à ce niveau ? Pourquoi brasser les mets comme ça alors que des mouches posent sur les objets avec lesquels on les brasse?

 

La serviette qui était sous mon nez tomba et je m’étais revenu de mes interrogations et j’ai continué à observer. L’une des choses qui paraissait encore drôle, c’est que même au fond de la prison, il y a des ordures de tout genre et le pire, c’est qu’elles sont en putréfaction. Pour mieux décrire cette prison, il faut laisser partir des soupirs, me disais-je. Après des mauvais traitements et des propos indécents, les policiers ont exigé aux visiteurs de retirer leurs chaussures, leurs lunettes, leurs casquettes, etc. Pourquoi toutes ces gymnastiques? Pourquoi une femme est-elle obligée d’enlever ses collants? Pourquoi les policiers ont-ils besoin de dire des propos malsains en s’adressant aux visiteurs ? Voilà quelques autres questions me posais-je. Dans cette visite, je voyais tellement de choses drôles que j’avais cru que j’étais dans un songe. On dirait la pénitence commence à peine.

 

Parfois, pour comprendre une personne, il faut se mettre à sa place avec toute franchise. D’où la raison qui m’a poussé à passer par la masse pour que je pusse vivre la réalité telle qu’elle est. Les visiteurs étaient enfin en face les prisonniers derrière une grille. Sous le soleil, on se tient debout dans la visite. Les visiteurs et les prisonniers ne peuvent pas se serrer la main car ils sont séparés par une grille qui ne laisse même pas passer le plus petit des doigts. On dirait que mon enquête commençait à peine. Certains des visiteurs pleuraient tout comme certains des prisonniers. Certains pleurs signifient l’injustice, l’innocence, l’indignation ; d’autres signifient la trahison, etc. Comme les émotions sont contagieuses, inconsciemment, des lames coulaient de mes yeux…

 

Je prenais une autre serviette et j’essuyais mes yeux et je continuais à observer. Après avoir vu tant de choses drôles et après avoir observé comment est le milieu où je suis qui n’est pas en état surtout sanitairement et humainement parlant, je m’étais approché un peu vers la grille. La majorité des prisonniers m’ont demandé de l’argent. Mais, avant de choisir de faire des dons, je leur communiquais. Les choses qu’ils me racontaient étaient tellement drôles que la conversation devenait pimentée. Rapidement, j’ai questionné une cinquantaine d’entre eux. Le premier que j’ai questionné m’a dit: “Mon ami, dès que l’on est prisonnier en Haïti et enfermé surtout ici dans cette prison, un chien vaut beaucoup plus que soi”. Un deuxième m’a dit: “Être prisonnier en Haïti, et surtout ici, c’est être bestialisé, c’est être traité sans pudeur, sans respect”. Un autre m’a dit: “Monsieur, Haïti c’est l’enfer. Et, imaginez qu’à l’intérieur d’un enfer il y a une prison. Qui donc, les choses n’y vont pas mal, les choses y vont extrêmement mal”. Je passais du temps à les questionner…

 

Après avoir passé du temps à les interroger, j’étais épaté de leurs réponses. Ils m’ont dit que dans une seule petite chambre, il se peut qu’il y ait plus de 100 prisonniers. Ils me font savoir que leur plus grand dilemme, c’est quand la nuit tombe. Avec des larmes aux yeux, ils m’ont dit qu’ils se sont allongés par terre, dans le froid, pour dormir alors que d’autres passent la nuit debout en raison qu’il n’y a pas assez de place pour tous les 100 prisonniers dans la chambre. Ceux qui ont du moyen louent des lits. Mais, “pour trouver un lit, il va falloir avoir de l’or à vendre”, ont-ils dit. Ils m’ont dit que les mets qu’on leur prépare à l’intérieur sont sans goût. Ils ont été préparés sans aucune épice, s’imaginent-ils. “Je suis ici depuis 12 ans, je me demande pourquoi mais ma question est sans réponse. Je n’ai été jugé même pour une seule fois. Je me vois cloué dans une prison sans même savoir pourquoi”, a déclaré un prisonnier. “Les chefs nous bêtisent, nous maltraitent, nous battent; ils oublient si nous sommes des humains. Certains d’entre nous sont battus périodiquement”, ont-ils déclaré. Beaucoup de prisonniers en Haïti meurent par la faim, par torture, par mauvais traitement. À ce sujet, le texte “LA PRISON ET LES PRISONNIERS” est suggéré.

 

Le Pénitencier D’Haïti disons la prison civile de Port-au-Prince serait le plus grand marché noir du pays. Vous vous demandez peut-être comment explique-t-on cela? Eh bien, le prix normal d’une chose à l’extérieur de la prison pourrait être multiplié par 10 ou par 20 ou encore par plus à l’intérieur de la prison. Par exemple, un téléphone mobile qui coûte 200 dollars à l’extérieur de la prison coûterait 2000 dollars à l’intérieur. Un rasoir qui coûte 1 dollar à l’extérieur, coûterait même 20 dollars à l’intérieur. “Tout est très cher à l’intérieur de la prison”, déclaraient-ils. Et les commerçants seraient bel et bien les policiers. “Ma femme m’a apporté trois sachets de pains, ils en ont laissé passer un seul. La raison, c’est qu’ils nous vendent des pains ici. S’ils laissent passer les trois sachets, je prendrai trop de temps pour en acheter entre leurs mains”, racontait un prisonnier. Mais, une chose qui est absurde, c’est que si ces mêmes policiers qui leur auraient vendu ces téléphones les voient avec, ils seront massacrés et les téléphones seront saisis. Car les prisonniers sont interdits d’utiliser des téléphones mobiles ou des smartphones. Ils n’ont pas accès à ses choses.

 

Le sexe reste un sujet bien tabou mais qu’il faut absolument aborder. Certains d’entre eux, avouaient qu’ils ont des rapports sexuels entre eux. Ils disent que ce n’est pas ça qu’ils auraient souhaité mais, on ne leur accorde pas que leur femme ou leur petite amie vienne les visiter à deux dans une chambre où ils auraient pu faire l’amour. De ce fait, ils se sont donné à l’homosexualité. D’autres disent qu’ils ne feraient jamais ça s’ils n’étaient pas menacés et forcés. D’autres disent qu’ils se sont masturbés de préférence. Car pour eux, la masturbation leur permettrait de se détendre, de s’apaiser. Ils avouaient que l’acte sexuel leur permettrait de réfléchir peu. D’autres disent qu’ils ne se mêlent ni à l’homosexualité ni à la masturbation car l’essentiel pour eux, c’est de se retrouver avec leur famille… Je prenais une pause pendant que je leur ai distribué quelques sous. Après cela, je reculais un p’tit peu pour ruminer un peu.

 

En me tenant à l’écart pour ruminer ce qu’ils venaient de me dire, il y avait une gymnastique qui attirait grandement mon attention : le prisonnier qui est visité par sa partenaire, malgré les poussières et les saletés qui sont sur la grille et qui pourraient contenir des germes pathogènes, la baise par le moyen de la grille, une grille qui ne laisse même pas passer le plus petit des doigts. Oh, l’amour est fort! Mon attention était toujours attirée par celui qui a demandé à sa partenaire de se tourner juste pour qu’il pusse voir ses fesses et que gentillement la partenaire se tournait avec beaucoup de galanterie. Il y a de vie avec l’amour. Approfondi dans mon observation, je sens qu’il y a de l’espoir quand la partenaire dit à son partenaire prisonnier: “J’attends ta venue et tu viendras. Et j’ai envie de te revoir me trancher! Tu me manques entièrement !” Oh, comme il est beau quand ils sourient ensemble en se regardant aux yeux. Waouh, l’amour s’est approfondi. Mais comme c’est toujours triste quand ils voudraient poursuivre la communication et que c’est en ce moment qu’on a sonné pour dire que la durée de la visite s’est écoulé. C’était pitoyable quand les partenaires se séparaient avec des pleurs.

 

En vidant les lieux, au fond de moi-même, je me posais des questions : Pourquoi les policiers massacreraient-ils les prisonniers périodiquement ? Pourquoi ils les battraient pour des téléphones qu’ils leur auraient vendus ? Je me demande pourquoi un prisonnier est-il dépourvu d’un téléphone dans certain pays ? Pourquoi des prisonniers passent-ils 10 à 20 ans et parfois plus à la prison sans être jugés ? Pourquoi l’on jette en prison celui qui prend quelque chose dans le but de payer l’école de son enfant qui est en primaire alors que la constitution dit que le primaire est gratuit ? Je me demande si être prisonnier est synonyme d’être moins important qu’un chien. Pourquoi même un chien ne s’oserait manger les repas que l’on offre aux prisonniers ? Est-ce que l’assainissement et l’hygiène existent en Haïti puisqu’une chambre dans une prison aurait même cent prisonniers ? Haïti comme tant d’autres pays, sont-ils composés des citoyens raisonnables ou des zombies? Peut-on parler des droits de l’homme dans certain pays comme Haïti ? En passant derrière le palais national, ce que j’y avais vu m’a poussé à mener une enquête sur la capitale. Ce que vous pourrez lire dans le texte “LA PETITE HAÏTI EN PUTRÉFACTION”.

 

Euh oui, ça va très mal à la prison civile de Port-au-Prince vraiment. J’ai visité la prison deux fois avant d’écrire ce texte. Et cette expérience est marquante. Apportez votre soutien aux prisonniers que l’on traite inhumainement car ils ne sont pas des choses, ils sont des citoyens comme tout homme libre, il faut arrêter de les chosifier. Je répète, ils sont des humains avant tout. Ne restez pas sans rien faire. Ensemble, nous pourrons changer les choses. Ouvrez grand votre bouche pour dire non jusqu’à ce qu’on nous entende.

 

SULLY JÉVELT

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