Le nombre de demandeurs d’asile au Canada explose. Les candidats empruntent le chemin Roxham, un point d’accès désormais bien connu.

Immigration. En entrant illégalement au Canada, via les États-Unis, les migrants échappent à l’expulsion immédiate et peuvent prétendre à l’asile. Ce phénomène nouveau se développe et inquiète l’opinion.

Qu’ils soient clandestins aux États-Unis ou qu’ils y soient entrés avec un visa de touriste, tous connaissent la marche à suivre. Un bus pour Plattsburgh État de New York, puis un taxi pour le chemin Roxham. Là, des familles entières passent en tirant leurs valises à roulettes. À peine ont-ils mis le pied sur le sol canadien qu’ils sont très courtoisement arrêtés par les mounties, les hommes de la police montée. Ces derniers les conduisent au poste-frontière proche où leur demande d’asile est enregistrée. Des juristes les prennent en charge. Ils devront attendre de longs mois avant que la Commission de l’immigration et du statut de réfugié (CISR) se prononce sur leur cas.

Tout le monde connaît les règles de ce jeu absurde. À cause d’un accord entre États-Unis et Canada. Entente sur les tiers pays sûrs), si ces mêmes individus s’étaient présentés d’eux-mêmes à un poste, ils auraient été aussitôt renvoyés de l’autre côté de la frontière. Nourri par le flot d’irréguliers, le nombre global de demandeurs d’asile au Canada a augmenté de 82 % entre juin 2017 et juin 2018, selon la CISR. Depuis le pic de l’été 2017, les agents chargés de la protection des frontières ont le nez collé sur les statistiques mensuelles. Et ils s’attendent à de nouvelles vagues. Au débouché du chemin Roxham, dans le petit village québécois de Saint-Bernard-de-Lacolle, de grandes tentes blanches ont ainsi été dressées, cet été, à côté d’un hôtel loué par les autorités. Elles abritent plusieurs centaines de lits

C’est un petit chemin bucolique à travers la forêt canadienne, au milieu des érables et des chênes, dont le nom est désormais connu de l’Amérique centrale à l’Afrique noire. À la frontière entre l’État de New York et le Québec, le chemin Roxham est devenu l’un des points de passage pour les candidats à l’asile le long des 8 891 kilomètres non grillagés qui séparent les États-Unis du Canada. Depuis un an et demi, des milliers de Haïtiens, Nigérians, Nicaraguayens, Pakistanais, Mexicains et autres ont franchi, ici, illégalement la frontière afin de réclamer le droit d’asile.

Cet afflux d’illégaux provoque un choc dans un pays bâti sur l’immigration légale, choisie, quantifiée et attaché au respect des lois la paix, l’ordre et le bon gouvernement forment les valeurs nationales.

Craignant la catastrophe, les autorités tentent de rectifier le tir. Des contacts discrets sont pris avec l’administration américaine afin de savoir si Washington consentirait à modifier l’entente en cours et pourrait désormais accepter que tous les demandeurs d’asile entrés illégalement soient aussitôt refoulés vers les États-Unis, mais pourquoi Trump ferait-il ce cadeau à Trudeau ? Le Premier ministre canadien lui-même juge nécessaire de déclarer, contre l’évidence, qu’ entrer au pays de façon irrégulière ne procure aucun avantage. Trop tard. Depuis la date du fameux tweet de Justin Trudeau, plus de 26 000 personnes ont traversé la frontière illégalement , critiquait, en juin dernier, le chef de l’opposition, le conservateur Andrew Scheer, qui dénonce des migrants économiques camouflés en demandeurs d’asile. Aujourd’hui, ils seraient 31 000. Cette pression inédite se répercute dans le pays. La CISR est engorgée : l’examen des demandes d’asile est retardé, ce qui va rendre difficile d’éventuelles expulsions. Tant que leur cas n’a pas été tranché, les demandeurs d’asile bénéficient des aides

L’annonce, l’an dernier, par Donald Trump d’une politique plus sévère à l’encontre des clandestins aux ÉtatsUnis, prélude à un exode de milliers de Latinos vers le nord, a tout changé. D’autant qu’au même moment, le Premier ministre canadien, Justin Trudeau, avait cru judicieux de rabrouer l’hôte de la Maison-Blanche en lui opposant la tradition libérale de son pays. Dans un tweet, daté du 28 janvier 2017, en réaction à l’annonce par Trump d’une interdiction d’entrée pour les ressortissants de sept pays musulmans, le chef de gouvernement avait écrit : « À ceux qui fuient la persécution, la terreur et la guerre, sachez que le Canada vous accueillera, indépendamment de votre foi. La diversité fait notre force. » Ce message généreux, suivi du hashtag #BienvenueAuCanada, fait le tour du monde des réseaux sociaux.

Mais cette générosité a un coût. L’été dernier, la province de Québec s’était inquiétée des dépenses supplémentaires. Face à l’afflux, il avait fallu réquisitionner le stade olympique de Montréal. Et le chef du Parti québécois (indépendantiste, social-démocrate) s’était indigné que, faute de crédits, le gouvernement soit incapable de donner un deuxième bain par semaine aux seniors privés d’autonomie des résidences médicalisées. Cette année, c’est l’Ontario qui renâcle. Le Premier ministre conservateur de la province la plus riche de la fédération, Doug Ford, réclame 200 millions de dollars en remboursement des frais avancés. Le maire de Toronto, lui, jongle avec les nouveaux arrivants, logés dans des abris, sur des campus et désormais dans des hôtels , les capacités d’accueil sont pleines, a-t-il prévenu. Selon un sondage d’Angus Reid, 58 % des Canadiens jugent leur pays trop généreux envers ces illégaux.

Ces dizaines de milliers d’illégaux sont-ils un pic ou l’avant-garde de vagues plus importantes à venir ? Le pays s’interroge. Cet « imaginaire collectif inquiétant , selon les termes de Michèle Vatz Laaroussi, professeur à l’université de Sherbrooke, pèse déjà sur la perception de l’immigration légale. Selon une autre étude d’Angus Reid, si 31 % des sondés estiment que la cible de 310 000 immigrants fixée par le gouvernement pour 2018 est appropriée, 49 % la jugent trop élevée. Un niveau de rejet jamais atteint depuis quarante ans.

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