« Je vends ici depuis 2013. Il y a toujours le problème de surpeuplement, d’insalubrité et de réglementation dans ce marché frontalier. Les autorités étatiques n’ont pas mis une structure pour attirer les acheteurs dominicains. Pourtant ceux d’à côté, ils  ont utilisé des moyens pour capter l’attention des acheteurs Haïtiens » c’est le cri de Louise Sauveur, un marchand de produits cosmétiques à Malpasse, face à la mauvaise gestion de l’État.

 

Nous sommes le lundi 17 décembre 2018  à peine 8h, un jour de marché à Malpasse. En effet, les lundis et jeudis sont, hebdomadairement, les deux jours de marché. Quatre militaires de la sécurité frontalière, mitrailleuse en bandoulière, font entrer au compte-gouttes les Haïtiens massés au portail. Sur place, le créole se mêle volontiers à l’espagnol, langage commercial oblige. Une grande animation règne occasionnée par la présence des clients et des marchands.

 

Malpasse, une localité d’Haïti dépendante de la commune de Gauthier et notamment de la Section Communale de Fonds-Parisien dont elle est distante d’environ 10 km, située dans le département de l’Ouest, se trouve à la frontière avec la République Dominicaine, sur la rive Sud-Est de l’étang Saumâtre. C’est le principal poste-frontière entre les deux pays, puisque plus de la moitié des échanges commerciaux se font par ce point de passage, dont la route nationale no 8 qui  relie directement les deux capitales : Port-au-Prince et Saint-Domingue.

 

Le terme binational à travers ce village qui a pris forme à partir du coup d’État de 1991, est complètement vide de sens. Le spectacle et le constat, implacables. Ce marché qui s’organise au niveau de ces deux villes frontalières, se tenait en vue d’approvisionner le marché haïtien qui était sous un embargo imposé par les États-Unis d’Amérique. Tout au long de la route nationale, des camions, des conteneurs dominicains filent à toute vitesse pour déverser leurs marchandises dans nos principales villes et régions. Au milieu des conteneurs, se tient un marché qui rend impossible tout contrôle de l’immigration.

Un marché où les Dominicains contrôlent tout. Les produits écoulés à Malpasse proviennent essentiellement de la République Dominicaine. Parallèlement, de nombreuses marchandises produits alimentaires et articles ménagers, etc.- transportées dans de gros véhicules, partent à destination de Port-au-Prince, ce après vérification des douaniers Haïtiens. Le déséquilibre est tellement clair qu’on peut aisément qualifier ce qui se passe sur cette partie de la frontière de marché Dominicain ouvert aux commerçants Haïtiens. Dans ce marché, plus de 50% des vendeurs sont des Haïtiens. La clientèle est 90% haïtiens. Aucune matière d’infrastructure remarquée dans cette zone.

 

Cependant, le document du programme de coopération binationale en faveur Haïti et Saint Domingue a mentionné que cette coopération binationale répond à un double impératif. « D’une part, l’obligation d’agir ensemble dans un cadre régional pour faciliter l’intégration de leurs économies dans le marché caribéen et tirer réciproquement profit du marché qu’à eux deux ils constituent. D’autre part, la nécessité d’harmoniser leurs relations économiques pour qu’elles soient profitables au développement durable des deux nations. » lit-on dans le document. Sans oublier, l’un des résultats escomptés de ce programme est la facilitation de l’application des règlements douaniers et sanitaires et organisation des échanges commerciaux entre Haïti et la République Dominicaine au niveau de la zone de transit international en complémentant les infrastructures douanières.

 

Selon un agent de la migration ne voulant pas mentionner son nom, il faut que l’État donne à cette zone frontalière la possibilité d’être plus attrayantes à des fins touristiques. Si les acheteurs du marché binational sont exclusivement Haïtiens, les échanges, par contre, sont libellés en pesos dominicains. « Il faut divorcer avec le passé de zone verrues bourrée de détritus qui accueille le visiteur. Imaginez-vous sous les regards impuissants des autorités Haïtiennes, les Dominicains bénéficient à 100% les avantages du marché binational. » relate cet agent âgé de 32 ans qui ajoute qu’il n’a aucune statistique  pour déterminer avec exactitude le poids des produits dominicains dans le panier des importations Haïtiennes, par contre, les chiffres publiés par les Dominicains placent Haïti au rang de leur deuxième marché. Des chiffres qui, généralement, ne prennent pas en compte les importations de contrebande entre ces deux pays le long d’une frontière poreuse où des transferts de marchandises se font par les particuliers tous les jours. 

 

« Nous risquons notre vie à chaque fois que nous venons dans cette zone pour acheter des marchandises. Souvent fois,  les gardes frontaliers dominicains m’interdisent l’accès, même les jours de marché. » fait savoir une jeune fille , Laurine Millien. Dans ce cas-là, plusieurs de ces personnes venant acheter sur la frontière, mentionnent qu’ils sont obligés de gérer des gardes frontaliers. Pour qu’un commerçant haïtien puisse commander directement des marchandises, dit-elle, les Dominicains exigent qu’il soit détenteur d’une pièce d’identité qu’ils délivrent eux-mêmes à leurs ressortissants. « Sinon, on doit recourir à un intermédiaire qui prélève une commission.» murmure-t-elle.

 

Des commerçants étalant leur marchandises dans la limite du territoire haïtien, relatent quelques difficultés qui sont actuellement les leurs : « absence d’électricité, manque de moyens de fonctionnement, manque de véhicules » et il y a un grave problème de sécurité. « la sécurité des zones frontalières est aussi la sécurité de l’environnement. Je crains qu’une catastrophe ne survienne un jour. L’eau du lac n’est plus évacuée vers la mer à cause du canal qui est bouché.» continue Louise Sauveur.

Un policier affectant dans le commissariat de la zone reconnait qu’il n’est pas facile de travailler à cause de la proximité du marché. «Il y a un va et vient permanent, difficile de contrôler tout le monde » précise-t-il. Les échanges entre les interlocuteurs étaient à peine audibles, étouffés par le vacarme en provenance du marché.

 

A cause de l’inefficacité de la Police Nationale d’Haïti, « des gens malhonnêtes volent les argents des gens venant d’acheter. Ce qui est dur, ce sont des haïtiens qui font des abus aux compatriotes. Ils profitent de la faible présence des policiers pour poser leurs actes malhonnêtes contre les paisibles citoyens », déplore Louise, tout en profitant de l’occasion pour demander au gouvernement de se pencher sur ce cas en vue de protéger la vie et les biens de ce ceux qui font des efforts pour lutter avec les affres. « Il est important et urgent que les autorités se penchent sur ce dossier. Il faut les protéger les commerçants ou les acheteurs » dit-elle.

 

Après les achats, les acquéreurs peut prendre une motocyclette qui a timidement vu le jour en Haïti au cours des mois de juillet et août 1987 à la faveur des nombreuses grèves du transport de passagers à Port-au-Prince, ou faire appel  d’un «Bouretye», pour apporter leur marchandise dans la station où les transports publics restent. « Je ne peux pas faire ce parcours à pied, surtout avec tous ces bagages. Je suis obligé de prendre une motocyclette pour aller plus vite. Avec tous les risques d’accidents et les statistiques dramatiques qu’elle provoque, la moto est peut-être très utile. » témoigne Farah Basile, qui achète deux caisses d’œuf, trois balais et d’autres choses.

 

 « Je suis le titulaire d’une famille de 5 enfants. Mon dernier-né est en dernière année d’université. Avec l’aide de Dieu, j’ai réalisé tout cela grâce à ma moto- taxi », raconte fièrement, Camille Tislin. Grand et d’allure sportif, Tuslin Camille est âgé aujourd’hui d’une soixantaine d’années. Il affirme que son pied droit a été cassé lors d’un accident l’année dernière. « Mais, malgré tout, je ne peux pas laisser tomber cette activité. Il m’aide beaucoup.» conclut-il.

 

D’autres n’utilisent pas de motocyclistes, mais plutôt des «bouretye», soit un choix économique ou la peur. « Je prends de préférence un bouretye. Je n’ai pas encore utilisé une moto pour circuler, car les accidents causés par les motocyclettes ou impliquant les usagers des deux roues motorisées sont de plus en plus fréquents.» explique Didier Dorval, un jeune garçon venant acheter sur la frontière. Il se plaint des motards qui roulent n’importe comment au mépris des principes de la circulation, regrette-t-il . Il souhaite l’adoption de mesures par les autorités gouvernementales et le vote de lois par les parlementaires pour doter le pays d’une vraie police routière afin de réduire la fréquence des accidents de la circulation liés aux taxis-motos.

 

Dans ce marché, les haïtiens s’affairent quotidiennement à joindre les deux bouts pour nourrir leurs enfants, sans l’assistance de l’État Haïtien, en principe le principal concerné, mais démissionnaire.

 

Snayder Pierre Louis

 

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