CP:Andres Martinez Casares/ Reuters

Confronté à de sérieux problèmes financiers depuis sa création le 5 juin 1995 après la démobilisation des Forces Armées d’Haïti (FAd’H), la Police Nationale d’Haïti continue de compter ses fléaux au point que ses agents ont souvent monté au créneau pour dénoncer ses traversées jugées difficiles. Les policiers sont pour la plupart ceux qui venaient de la masse défavorisée avec pour destin d’améliorer leur conditions de vie soit par résignation ou choix consenti.

Il était 3h45, nous sommes jeudi 22 novembre 2018 dans un bar situé à proximité du poste de police de Bigot à l’entrée Sud de la ville des Gonaïves où un citoyen tente de nous expliquer le fonctionnement des agents de police affectés à ce sous-commissariat. Très poli avec un visage tendu, Daniel un serveur qui offre ses services au propriétaire de l’entreprise raconte que les policiers n’ont pas un espace propre et de bons équipements pour assurer leur sommeils après des heures de travail souvent pénible.

Intéressé à déceler les dessous de ce que nous a expliqué Daniel, on a approché deux agents de police disponible par devant le sous-commissariat de Bigot munis de deux fusils douzes et deux pistolets de calibre 9mm affichant des visages accablés

Sous couvert de l’anonymat, une jeune policière âgée de 28 ans et graduée à la 27e promotion a expliqué à notre agence ses traversées lors des moments de sommeil.

PL:. Comment pouvez-vous nous expliquer qu’un poste de police est en panne d’électricité en pleine journée?

Policière: Bon, honnêtement je peux pas vous expliquer cela. C’est un fait qu’on essaie souvent de trouver des réponses appropriées mais on a jamais en trouver.

PL: comment faire pour vous loger après votre boulot?

Policière: se loger c’est un véritable calvaire des policiers surtout lorsque vous affecte à un commissariat dans des villes de province. Ici, on a des matelas déchirés, salis, tombés en pourriture avec les points de fer, pas de ventilateur et surtout les chambres sont en mauvais état. Lèw kouche sou yo, lèw reveye tout zo nan kòw fèw mal.

Poursuivi à notre conversation à l’autre agent disponible, quant à lui, il est plus direct et très remonté face aux traitements que leurs infligent les hauts gradés de la PNH. selon lui, lorsqu’on est policier en Haïti et surtout dans les villes de province, on vous prêche la résilience. . Isi a, franchman menm kochon pa dwe viv konsa, pi wo yo nan lapolis la ap byen viv, yap byen dòmi lakay yo epi nou menm nap pase mizè tankou se prizonye nou ye nan jan nou dòmi an. Mwen menm, mwen pa ka viv konsa, yon lè konsa ou pa janm wè enspektè ou komisè pasew vizit pou evalye kote nou dòmi an pouw wè kisa yo dwe fè pou chanje fason espas la ye a.

*A l’Estère la situation est tout aussi préoccupante*

Un policier de la 26e promotion, né en février 1989(29ans) et affecté au commissariat de l’Estère a fait un aveu concernant la traversée du désert du sommeil des policiers à la ville situé au centre du département de l’Artibonite.

PL: comment sont logés les policiers ici?

Policier: Ah mon cher Johnson, pas de vie ici, pour sommeiller dans cet espace, Il vous faut en mains un carton pour calmer la chaleur et les insectes nuisibles <<Marengwen>>. Isi a tèlman gen chalè franchman ou paka fè 50 minit dòmi non epi marengwen ap mòde ou.

PL: Sous couvert de l’anonymat, deux agents de police ont fait savoir qu’aux Gonaïves à Bigot, ils n’ont pas de matelas pour se loger, comment ça s’est déroulé à l’Estère?

Policier: C’est presque toutes les villes de province qui font face à ces problèmes. Nou fonksyone tankou bèt isi a. Pas d’électricité, c’est grâce au concours d’un voisin qu’on arrive à alimenter le commissariat avec une prise malgré qu’on a un compteur. On a des panneaux solaires et des batteries mais faute d’un régulateur pour régulariser le système solaire, on a pas encore pu rétablir notre propre source d’énergie.

Policier: Nous demandons à l’État central à travers le budget de la République pour le prochain exercice fiscal, d’insérer une rubrique qui prendra en compte la façon dont nous nous logeons dans les commissariats dans les villes de province. Si non, ça risquerait d’affaiblir la volonté des policiers de servir dignement le pays.

Les policiers affectés au commissariat de l’Estère ont fait savoir qu’ils sont en proie à de sérieuses difficultés pour trouver de l’eau pour fonctionner après leurs heures de travail.

Dotée d’un effectif avoisinant les 16.500, la police nationale d’Haïti a un rôle d’assurer la sécurité publique, la police judiciaire et le maintien d’ordre sur l’ensemble du territoire national. Dans ces conditions de travail dénoncées par les policiers, est-ce qu’ils pourraient fournir un boulot de qualité? Est-ce qu’ils pourraient se sacrifier vraiment pour faire respecter la devise de l’institution? En tout cas….

RICHEMOND Johnson

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