Les éléments stratégiques de la Bataille de Vertières le 18 Novembre 1803

Selon l’historien haïtien, Wesner Emmanuel, dans la formation de l’armée indigène, on a identifié trois grands moments qui marquèrent la constitution de celle-ci sous le commandement de Dessalines: Premièrement, la réunion de la Petite Rivière de l’Artibonite qui décida de la direction à donner aux opérations dans le Sud et dans l’Ouest. Deuxièmement, le congrès de l’Arcahaie au cours duquel fut choisi le bicolore Bleu et Rouge. Le 18 Mai 1803, lors du congrès de l’Arcahaie, regroupant l’ensemble des chefs de la Révolution haïtienne, Jean-Jacques Dessalines arracha du drapeau tricolore français la partie centrale de couleur blanche. Une révolutionnaire, Catherine Flon, prit les deux morceaux restants, le bleu et le rouge, et les cousit ensemble pour symboliser l’union des noirs et des mulâtres et créer le nouvel étendard de la République d’Haïti. Ce drapeau, inspiré du drapeau français dont la partie blanche, considérée comme le symbole de la race blanche et non pas de la royauté, a été déchirée. Troisièmement, la réunion du Camp-Gérard, dans la plaine des Cayes. Dessalines invita les officiers et les soldats du Sud à oublier le passé (guerre de Sud) et à se serrer les coudes en vue de mettre fin à la domination française.

L’histoire poursuit pour dire en ce qui a trait aux préparatifs de la bataille de Vertières, le 1er Novembre, Dessalines passa en revue aux Gonaïves plusieurs corps qui défilèrent aussitôt pour se rendre au Carrefour Limbé: le 6, il s’y rendit avec trois escadrons de cavaleries. Le 15 novembre, l’armée partit du Carrefour-Limbé et s’arrêta à celui de l’habitation Lenormand de Mesy, Morne-Rouge. Là se trouvèrent réunis autour de Dessalines, les généraux de division Clerveaux, Christophe, Vernet et Gabart et les généraux de Brigades, Capois, Romain, Cangé et J.P. Daut, ainsi que leurs adjudants-généraux. En somme, le nombre de combattants s’élève à plus de 20.000 hommes. La cavalerie était commandée par C. Marcadieu, ayant sous ses ordres les chefs d’escadron Paul Prompt et Bastien et l’artillerie était dirigée par Zenon et Lavelanet.

En effet, pour attaquer efficacement les fortifications du Haut-du-Cap et avancer contre le Cap même, le général en chef pensa avec raison qu’il fallait inquiéter l’ennemi et le menacer sur un point opposé. Après une reconnaissance de la position de Breda, Dessalines ordonna l’établissement d’une batterie d’une pièce de 4, d’une de 8 et d’un obusier, à 200 toises de cette position du 17 au 18 novembre 1803. Il venait de recevoir de Christophe l’avis de son arrivée près du Cap; et ce général attendait l’attaque du Haut-du-Cap pour agir contre cette ville. Le 18 novembre au matin, la batterie était prête et des lors exposée au feu de Pierre-Michel et de Breda, auquel elle répondit aussitôt, criblant Breda surtout de ses boulets et des ses obus. Sur l’habitation Charrier est une éminence qu’on avait négligé d’occuper. Dessalines voulut qu’on s’emparât d’elle, afin de donner à son armée la facilité de couper les communications entre les divers postes ennemis et de ces postes avec le Cap, pour amener leur reddition. C’était donc le point essentiel à atteindre, et pour y arriver, les troupes devaient subir le feu de l’artillerie des divers postes et surtout la mousqueterie de Vertières, position élevée et occupée par 300 hommes: des difficultés de terrain s’ajoutaient encore aux efforts qu’il fallait faire. Dès le premier coup de canon, Rochambeau sortit du Cap avec sa garde d’honneur, infanterie et cavalerie et vint s’établir près de Vertières avec une pièce de 16 qu’il fit placer dans la savane Champin et dont le feu allait nuire encore aux indigènes. En effet, les plus grands efforts devaient être dirigés contre Vertieres. Clerveaux ordonna l’assaut contre ce poste. Mais nous renonçons à décrire la lutte audacieuse, opiniâtre, qui fut soutenue par les indigènes, contre une fusillade bien nourrie et une artillerie qui vomissaient la mort dans leur rang. On se battait depuis le matin; les indigènes avaient de grandes pertes, sans enlever Vertières. Une de ces averses tropicales survint et contraignit les combattants à cesser leur feu. Rochambeau rentra au Cap avec sa garde d’honneur. Six heures du soir, Dessalines se porte sur la position de Charlier et, voyant Clerveau avec une seule épaulette, il lui dit » Clerveau, tu es aujourd’hui le commandant de mes généraux » par allusion au chef de bataillon qui n’en porte qu’une seule. Ce mot d’éloge ayant autant le mérite de l’à propos que d’une vérité de fait, car Clerveaux était le plus ancien général de l’armée après Dessalines.

D’après ce que raconte l’histoirien Wesner Emmanuel, lorsque le cheval de Capois fut tué, il fut lui même renversé, mais relevant aussitôt, le sabre au point, il s’écria: » En avant! En avant!… »De grandes acclamations retentissent du côté de l’habitation Vertières; l’on distingue les cris de: bravo! bravo! sortant de la garde d’honneur de Rochambeau, spectatrice du combat. Un roulement se fait entendre, le feu des français cesse, et un cavalier se présentant devant le pont, dit aux indigènes: « Le capitaine-général Rochambeau envoie son admiration à l’officier général qui vient de se couvrir de tant de gloire. » Le hussard français se retira, et le combat recommencera avec une autre fureur ( W. P. Emmanuel, 2000).

En somme, on doit remarquer que la guerre prenait l’allure d’une guerre raciale. Cependant, sa véritable cause n’était pas dans la couleur de peau des combattants, mais dans la soif de profits de la bourgeoisie française. Le 16 novembre, les bataillons des noirs et des mulâtres se sont groupés pour l’offensive finale contre le Cap et les fortifications qui l’entouraient. La puissance de l’assaut accula Rochambeau à la décision d’évacuer l’île. Le jour de son départ, le 29 novembre 1803, une déclaration préliminaire d’indépendance fut publiée. La déclaration finale fut adoptée le 31 décembre.

NB:La bataille de Vertières s’est déroulée àVertières près du Cap-Français dans le nord de l’ancienne colonie française de Saint-Domingue (aujourd’hui Haïti), le 18 novembre1803. Elle oppose les troupes commandées par le général de Rochambeau et à celles du général Jean-Jacques Dessalines, chef indépendantiste, né esclave. Ce fut la dernière bataille de l’Expédition de Saint-Domingue.

La surprenante résistance des troupes rebelles menées par Dessalines et la contribution de la 9e brigade commandée parFrançois Capois à la victoire finale obligent Rochambeau à capituler.

Recherche et rédaction:Ledkerry I PREVALON
contact : 48368075

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