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La Redaction 11 juin 2020

«L’étonnante tâche des sciences économiques est de démontrer aux hommes combien en réalité ils en savent peu sur ce qu’ils s’imaginent pouvoir modeler.»
(Friedrich VON HAYEK)

Un budget est un outil qui prévoit et autorise les recettes et les dépenses d’un organisme pour une période donnée. En ce qui concerne l’État, le budget est l’acte qui prévoit et autorise les dépenses et les recettes des organismes publics. Il se présente sous la forme d’une loi qui est la loi de Finances.
La loi de finances (budget) établit les voies et moyens permettant à l’État d’appliquer ses politiques, en fixant les crédits devant assurer le fonctionnement des services publics, les charges de la dette publique, les interventions dans les domaines politique, social, économique et culturel…

Quoique nous sommes à quatre mois de la fin de l’année fiscale, le gouvernement a adopté un nouveau budget en vue de s’assurer l’exercice fiscale 2019-2020. L’enveloppe budgétaire pour l’exercice est estimée à 198,7 milliards de gourdes, soit une augmentation de 36,47% par rapport à celui de l’exercice 2017-2018.
Sur l’enveloppe globale de 198,7 milliards de gourdes, le gouvernement prévoit de mobiliser 89,3 milliards de gourdes de ressources domestiques qui représentent 44,9% du budget, ressources qui sont toutefois en baisse par rapport au dernier exercice où elles représentaient 66,12% du budget. Contrairement aux ressources domestiques, les dons et les financements ne feront qu’augmenter. Dans le budget 2019-2020, les prévisions pour les dons seront chiffrées à 37,06 milliards de gourdes dont seulement 17,95 milliards en appui budgétaire et 19,11 milliards en aide projets.
Le gouvernement prévoit 72,29 milliards comme financement dont 9,64 milliards de gourdes à partir des tirages sur emprunts, 25,77 milliards de gourdes sur les bons du Trésor, 6,66 milliards de gourdes sur d’autres financements internes des projets et 30,18 milliards de gourdes à partir des emprunts BRH.

Contrairement aux recettes, les dépenses augmentent. Les dépenses courantes sont passées de 90.9 milliards de gourdes pour l’exercice 2018-2019 à plus de 120 milliards de gourdes (121,14 milliards) selon les prévisions du gouvernement cette année, soit une augmentation de 33,22% et elles représentent 60,97% du budget.
Dans les dépenses courantes, se trouve la masse salariale qui va passer de 47,8 milliards de gourdes à 47,5 milliards de gourdes(-0,63%).
Dans ces dépenses se trouvent également des dépenses qui seront effectuées dans la rubrique des biens et services, qui seront de l’ordre de 32,9 milliards de gourdes, dépenses qui subissent une augmentation de 13,24% par rapport à l’exercice 2018-2019.

En ce qui concerne les transferts et les subventions, ils seront fixés à 38,03 milliards de gourdes, soit une augmentation de 265,37% par rapport à l’exercice précédent.

Nous mettons plus d’argent pour acheter des biens et services, pour subventionner que dans l’investissement.
Ce qui n’est pas un choix rationnel. Vu que les dépenses de fonctionnement seront fixées à 121,14 milliards de gourdes alors que les dépenses d’investissements seront de 77,55 milliards de gourdes.

À noter qu’encore une fois le budget d’investissement est traité en parent pauvre avec 39% du budget général.

Le gouvernement doit donc s’engager dans la rationalisation des choix budgétaires.
Il y’a un choix à faire, on dépense trop dans le fonctionnement et pas assez dans l’investissement.

Avec 77,55 milliards de gourdes comme enveloppe des dépenses d’investissements, 59,34 milliards de gourdes, soit 76,51% de l’enveloppe seront dirigées vers les programmes et projets, desquelles le Trésor Public apportera 23,89 milliards de gourdes. Encore un choix irrationnel, c’est le financement externe, les dons et les emprunts qui supporteront réellement les investissements, et ceci, à hauteur de 28,78 milliards de gourdes.

On s’endette beaucoup plus pour financer le budget !

Le service de la dette est chiffré dans le budget 2019-2020 à 20,06 milliards de gourdes (une baisse de 7,52% par rapport au dernier exercice), qui est reparti en 10,87 milliards de dette interne et 9,19 de dette externe.
Le pays va payer chaque mois 1,67 milliards de gourdes.

Voyons les priorités du gouvernement !

Dans ce budget, 47,46 milliards de gourdes seront allouées au secteur économique, 35.77 milliards au secteur politique, 44.80 milliards au secteur social et le secteur culturel héritera de 1,93 de milliards de gourdes.

Pour le secteur économique, c’est le ministère des Travaux publics qui s’en sortira avec la plus grosse part du gâteau avec une allocation de 26,04 milliards de gourdes. Le ministère de l’Économie et des Finances arrivera ensuite avec 8,62 milliards de gourdes. Et une fois de plus, le ministère de l’Agriculture sera traité en parent pauvre avec seulement une allocation de 6,76 milliards de gourdes, soit moins de 15 (exactement 14,24%) de l’enveloppe allouée au secteur.

Dans le secteur politique, le ministère de la Justice obtiendra une allocation de 13.5 milliards de gourdes qui est la plus grosse.

Dans le secteur social, le ministère de la Santé Publique et de la Population héritera de la plus grosse enveloppe et est le deuxième ministère le mieux pourvu avec plus de 20 milliards de gourdes, soit 21,65 milliards de gourdes. Viendra ensuite le ministère de l’Éducation Nationale et de la Formation Professionnelle avec une allocation de 18,60 milliards de gourdes. Un point négatif dans ce budget, c’est que le ministère de l’Éducation nationale connaîtra une baisse de 7,36% par rapport au dernier exercice et faut remarquer également ce point positif où le ministère de la Santé Publique connaîtra une augmentation de 78,48% par rapport à l’exercice 2018-2019.

Pour le secteur culturel, c’est le ministère de la Culture qui héritera de la plus grosse part, soit une allocation de 1,32 milliards de gourdes. Ce qui dit que 68,39% de l’enveloppe budgétaire du secteur culturel va dans la culture. Viendra ensuite celui de la communication avec une maigre somme de 361,8 millions de gourdes (une baisse de 15,72% par rapport au dernier exercice).

Avec 20,06 milliards de gourdes, le service de la dette dispose d’une meilleure allocation que celle du ministère de l’Éducation nationale, du ministère de la Justice et du ministère de l’Agriculture.
Et même en combinant l’allocation du secteur Culturel avec celle du ministère de la Justice (15,43 milliards de gourdes), le service de la dette disposera d’une meilleure allocation.

En aucun cas, ce choix n’a rien de rationnel et le gouvernement refuse toujours d’inverser la tendance.

Quelques pistes de solutions !

1) Le gouvernement doit réduire les dépenses courantes pour qu’il y ait beaucoup plus d’argent orienté vers les investissements sociaux.

2) Il doit s’engager dans la rationalisation des choix budgétaires.

3) Avant même d’élaborer le budget, il doit définir les grands objectifs des politiques publiques, des programmes et projets viables. On aurait pu donner 500 milliards de dollars à Haïti, ça n’aurait pas suffi à développer le pays si au préalable il n’y avait pas un plan de développement prévu.

S’il n’y a pas de politique d’éducation, de politique agricole, de politique de santé, de politique d’environnement, on ne peut pas parler de budget.

4) Un renforcement de l’administration fiscale est nécessaire, et on doit analyser la rentabilité effective de chaque taxe.

Sans le respect de ces éléments, il serait inutile de préparer et d’exécuter un budget en Haïti, ça servira à rien.

Don Waty BATHELMY
Économiste, Blogueur.

donwatybathelmy@gmail.com

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