Après plusieurs romans ancrés dans la réalité de Port-au-Prince, Kettly Mars s’échappe vers le thriller fantastique. Un roman toujours haïtien, mais influencé par les auteurs américains.

Depuis une quinzaine d’années, la littérature haïtienne s’est fait une place sur la scène internationale francophone. Des auteurs se sont imposés, jusqu’à rejoindre, comme l’a fait Dany Laferrière, les rangs de l’Académie française. Kettly Mars, auteure du très remarqué Saisons sauvages en 2010, Lyonel Trouillot, prix Wepler en 2009, Yanick Lahens, prix Femina en 2014, font rayonner Haïti bien au-delà des Caraïbes.

 

Les caractéristiques de cette littérature sont à l’image de l’ancienne colonie française : le monde qu’elle dépeint, plus qu’elle ne le décrit, est foisonnant, marquée par une histoire agitée et un présent rarement apaisé. Les couleurs sont vives, tout comme les sentiments et les passions. En toile de fond perce régulièrement le vaudou, tant cette croyance imprègne la première république noire de l’histoire.

 

Le thriller, en revanche, n’est pas un genre très présent dans la partie ouest de l’ancienne Hispaniola. Raison de plus pour que Kettly Mars se lance dans l’aventure. L’auteure, qui confie s’être elle-même fait peur en écrivant son roman, avait auparavant ancré son œuvre dans le réel, qu’il soit présent (Aux frontières de la soif, après le tremblement de terre), passé (Saisons sauvages, au temps de « Papa Doc ») ou oublié (Le Prince noir de Lillian Russell, un épisode historique de la fin du XIXe siècle).

 

Mais avec L’Ange du patriarche, elle aborde de nouveaux rivages. Le personnage central, bien que non principal, est une femme âgée de 79 ans qui, sentant la faiblesse la gagner, confie à sa cousine Emmanuela de sombres et très vieilles histoires de famille. Il y est question d’anges et de démons, d’un sacrifice non accompli par le passé. Emmanuela ne prête guère attention à ces histoires de fantômes et d’esprits vengeurs. Mais quand un tableau se met à pencher, que des bruits suspects commencent à se faire entendre dans sa maison et qu’une odeur de roussi s’y répand, Emmanuela prend Couz un peu plus au sérieux…

 

Porté par une tension persistante et animé de flambées de violence, ce roman est très différent des précédents. Si le présent de Haïti demeure en toile de fond, l’univers et l’atmosphère évoquent en revanche les maîtres du thriller fantastique, américains notamment. Une partie de l’histoire se déroule d’ailleurs chez l’Oncle Sam. Mais il n’empêche : on retrouve le style de Kettly Mars, avec cette attention toute particulière portée aux odeurs, aux sensations, aux corps. Un thriller sensuel, en somme.

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