Un mauvais signal, une déclaration regrettable, Youri Latortue n’a pas beaucoup pioché pour trouver des qualificatifs à la déclaration de Jovenel Moïse sur le rapport PetroCaribe à Paris. En effet, devant des centaines d’Haïtiens, le président a assimilé le rapport du Sénat à une tentative de persécution politique et indexé « un empressement visant à détourner l’attention ». « Mais grâce soit rendue à Dieu, j’ai des gens partout. Mwen te deja konnen anndan sistèm nan, nou fè yon jan pou bagay la trennen », avait-il balancé lors d’une réunion avec des compatriotes à Paris.

Sur Magik9 ce vendredi, Youri Latortue s’est dit d’accord avec le président sur la question de la persécution politique. « Personne ne doit être persécuté sur la base de son appartenance politique », argue-t-il. Cependant, nuance Latortue, le président a commis une erreur dans ses commentaires sur le rapport. « Ce rapport est l’œuvre du Parlement haïtien, un pouvoir indépendant. Les articles 59 et 60 de la Constitution sont clairs. Le Sénat, après avoir mené son enquête, en fonction de l’article 118 de la Constitution, peut faire un suivi au niveau des instances judiciaires », explique-t-il.

Youri Latortue affirme qu’il va discuter avec le chef de l’État, à son retour à Port-au-Prince, sur le principe du respect des trois pouvoirs. Un principe qu’il estime que le président n’a pas le droit de remettre en question. « Il peut constater que les pouvoirs indépendants font leur travail. Il peut encourager que cela se fasse de manière impartiale. Mais une déclaration dans laquelle il se tient en face des parlementaires est regrettable. Un président ne peut pas interférer dans les affaires du pouvoir législatif, de même qu’un sénateur ne peut interférer dans les affaires de l’exécutif. Le Sénat continuera de faire son travail puisqu’il fait partie d’un pouvoir indépendant et qui compte garder son indépendance », promet-il.

Sur la lutte contre la corruption, que Moïse dit faire son cheval de bataille, Latortue croit que l’harmonisation de toutes les institutions est indispensable. « Si le président veut combattre la corruption, toutes les institutions doivent s’harmoniser en ce sens. L’Ucref, l’Ulcc, l’Inspection générale des finances, le Parlement, la Cour supérieure des comptes, toutes ces institutions sont là pour lutter contre la corruption », avance-t-il.

Par ailleurs, Jovenel Moïse a également dénoncé le fait que le rapport soit déjà entre les mains d’un juge. Invité à réagir, Youri Latortue a fait remarquer que c’est le pouvoir judiciaire qui avait demandé au Parlement de mettre à sa disposition un rapport sur un fait bien précis. « Il s’agit de l’assassinat de Robert Marcelo, ancien directeur de la Commission nationale de passation de marchés (CNMP) et d’un autre citoyen. Lorsque nous avons mené notre enquête sur la corruption, nous avons découvert qu’il y a eu mort d’hommes. Nous avons également reçu des informations. Le magistrat Wilner Morin n’enquête pas sur les fonds PetroCaribe. Cela a été clair dans la correspondance. Il mène son enquête sur un fait précis. Nous, au Parlement, avons découvert des informations. Et le président du Conseil supérieur du pouvoir judiciaire s’intéresse à ces informations », explique-t-il, rappelant que ce sont des informations contenues dans le premier rapport –sur lequel le Sénat s’est statué et a exigé un approfondissement – qui ont été transférées au pouvoir judiciaire.

S/Le nouvelliste

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