L’ancien attaquant star a remporté le match de sa vie, en étant élu président du Liberia avec 61,5 % des voix, selon les résultats provisoires communiqués jeudi 28 décembre. Une victoire construite de longue date.

C’est une histoire aux allures de contes de fées. L’enfant du ghetto, devenu footballeur star, vient d’être élu président de son pays. George Weah, idole du Liberia depuis les années 1990 et ses exploits sportifs, pouvait compter sur sa popularité pour séduire les électeurs. Mais il a aussi mis sur pied une véritable machine à gagner. Tour d’horizon des clés de sa victoire.

1- Ses origines autochtones

Alors qu’au Liberia la fracture entre les populations « indigènes » et les « afro-américains » reste importante, les origines autochtones de George Weah ont été un atout. Depuis l’indépendance du pays, en 1847, les afro-américains bien que minoritaires – ils représentent environ 5 % de la population – forment en effet l’élite économique et politique du pays. Ces descendants d’esclaves affranchis aux États-Unis ont presque toujours été à Mansion House, le palais présidentiel. Avant George Weah, seul Samuel Doe (président de 1986 à 1990), était un autochtone.

 

Une situation qui a nourri les ressentiments et une certaine incompréhension entre l’élite et les plus modestes. Dans un des pays les plus pauvres au monde, George Weah incarne ainsi pour beaucoup l’espoir d’une vie meilleure. Né dans un bidonville de Monrovia, élevé par ses grands-parents, il a fait campagne en assurant à ses partisans qu’il les comprenait et qu’il était le mieux à même d’améliorer leur existence.

2- Sa pugnacité

Immense star dans son pays, George Weah a néanmoins échoué à deux reprises avant de parvenir à être élu président. En 2005, il se lance dans la course à la magistrature suprême et arrive en tête du premier tour. Mais il perd finalement au second tour en ne recueillant que 40,4 % des suffrages. Ellen Johnson Sirleafdevient alors la première femme chef d’État en Afrique. Six ans plus tard, Weah concourt au poste de vice-président, sur le ticket de Winston Tubman, mais échoue à nouveau.

Après ces deux défaites, l’ancien footballeur tente de gommer ses faiblesses. Critiqué pour sa mauvaise maîtrise de l’anglais et son faible niveau scolaire, il passe ainsi un diplôme aux États-Unis. Puis en 2014, il se fait élire sénateur dans le comté de Montserrado, où se trouve la capitale, Monrovia. S’il siège très peu, il se prévaut dès lors d’une expérience politique.

3- Ses alliances stratégiques

Comme aux États-Unis, les électeurs libériens votent pour un ticket présidentiel. Le choix du vice-président est ainsi stratégique. Pour sa troisième tentative, George Weah a décidé de s’allier avec Jewel Howard-Taylor. Un choix sulfureux mais tactique. Si l’ancienne femme de Charles Taylor, condamné pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité, est suspectée d’avoir joué un rôle trouble pendant la guerre civile, elle lui a également permis de récolter de nombreuses voix. Dans le comté de Bong, où elle est sénatrice, George Weah a recueilli 70 % des voix, selon les résultats provisoires publiés par la commission électorale (NEC) jeudi 28 décembre, alors qu’en 2005, lors de sa première candidature, il n’y avait recueilli que 10 % des suffrages.

Le ralliement dans l’entre-deux-tours de Prince Johnson a également été déterminant. Là encore, le soutien de cet ancien seigneur de guerre a alimenté les polémiques. Mais fort de ses 8,2 % obtenus au premier tour, Prince Johnson a apporté de nombreuses voix, notamment dans son comté natal de Nimba, le deuxième plus peuplé du pays.

4- Le bilan en demi-teinte d’Ellen Johnson Sirleaf

Après douze années de pouvoir d’Ellen Johnson Sirleaf, George Weah a su incarner le changement. Si la première femme chef d’État d’Afrique, prix Nobel de la paix en 2011, bénéficie d’une bonne image à l’international, elle est en revanche critiquée dans son propre pays.

Après quinze années de guerre civile, elle est parvenue à faire revenir la paix, mais le développement du Liberia reste très insuffisant. Même dans la capitale, l’électricité et l’eau courante sont peu disponibles. Sans compter que l’épidémie d’Ebola, en 2014 et 2015, qui a fait 11 000 morts, a été un coup très dur, notamment pour l’économie, dont le pays peine toujours à se relever. Enfin, de nombreux Libériens souffrent de la corruption généralisée.

5- La division de ses adversaires

Ces douze dernières années, George Weah a mis sur pied un parti, le Congress for Democratic Change, conçu comme une machine à gagner. Mais lors de cette élection présidentielle, l’ancien footballeur a aussi profité des faiblesses de son principal adversaire, Joseph Boakai. Vice-président d’Ellen Johnson Sirleaf depuis 2005, il n’a pu compter sur le soutien de la présidente sortante et a dû faire campagne avec un parti, celui de l’Unité, qui n’était pas pleinement mobilisé derrière sa candidature.

La chef d’État sortante a en effet joué un jeu trouble. Elle ne s’est jamais affichée aux côtés du candidat de sa formation politique, laissant ainsi prospérer les rumeurs sur son soutien à ses opposants. Dans les derniers jours de la campagne, on a même vu Ellen Johnson Sirleaf en compagnie de George Weah.

S/Jeune Afrique

 

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