Misérabilité, crasse et précarité de l’emploi, voici quelques mots qui décrivent la réalité haïtienne. Dans ce contexte, le mot « réussite » est quasiment inexistant pour la majorité des jeunes du pays. En dépit de tout, certains y croient encore. C’est le cas d’Ernstley Benoît, étudiant finissant en sciences administratives, qui vend du pâté depuis 36 mois.

À Diquini 63, environ 10 mètres de la grande barrière de l’Université Adventiste d’Haïti, Ernstley Benoit est entouré de son réchaud, sa table, ses fourchettes et fourches. Et sous son contrôle, sa petite chaudière d’huile et des clients qui se précipitent pour assurer leur petit déjeuner. Car, selon des passants, élèves et étudiants, les pâtés de Benoît sont mieux préparés que ceux des autres marchands de la zone.

Depuis près de 3 ans, il s’est marié avec le chaud et le froid et signe son divorce avec l’assistanat, un véritable cancer du pays. Benoît se lève à 03h00 Am quotidiennement pour se rendre là où il doit bosser pour sa survie. Il a ravalé son orgueil de jeune intellectuel. Le fils de Nicole s’est forgé un moral de fer pour pouvoir assumer ses responsabilités. Inlassablement, sur sa tête : une petite table, de la farine, sa casserole et une petite étagère. Un gallon d’huile et autres condiments dans ses mains, oubliant son statut de futur administrateur.

05h00 Am, de l’eau salée et de la farine pour pétrir la pâte. Ensuite, il y ajoute tout ce qui suscite l’appétit et d’autres ingrédients pour préparer des pâtés au poulet. Ce qui, dans une heure servira de premier repas pour nombreux.

60 minutes plus tard, l’odeur de la cuisson commence à attirer les passants, étudiants, employés etc. Ainsi, entre 35 et 100 gourdes, tout le monde peut en déguster un au prix convenable. À part ses activités scolaires, c’est ça sa principale préoccupation.

Cependant, cette activité de petite bourse est presque sans déficit aucun selon Benoît. «Nos produits sont très demandés. Et parfois je me rends sur le campus pour en apporter aux étudiants de l’Université Adventiste d’Haïti qui ne sortent pas. C’est un miracle de trouver un pâté à 11h00 ici», a dit le jeune plombier courageux. «Mon rêve c’est d’avoir une grande entreprise pouvant me procurer beaucoup plus d’argents. Mais, les moyens économiques me manquent», soupire celui qui est né 4 mois avant le premier coup d’état de Jean Bertrand Aristide. (30 septembre 1991).

Sinon, que ferais-je?

Irresponsable, le père du jeune marchand reste plutôt loin de la famille. C’est cette faible rentabilité qui lui permet de payer sa scolarité et faire des copies de documents pour ses cours à la faculté. Un grand soulagement pour sa mère qui peinait à payer sa scolarité précédemment.

Le jeune garçon de 26 ans, qui répond à ses besoins et certains de sa famille, exhorte les jeunes à chasser l’oisiveté. Benoît invite ces derniers à ne pas attendre l’appel d’un employeur s »ils veulent éviter toute malhonnêteté, quant à leur avenir. Il leur conseille de prendre des initiatives personnelles en vue de meilleures réponses aux exigences de base de la vie. Comme ça, ils pourront éviter de se tremper dans des affaires louches.

Charlemagne Deshommes

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