« Je peux dire qu’Haïti n’est pas disposée à abandonner un ami comme le Venezuela du jour au lendemain », c’est la dernière réaction au Nouvelliste ce lundi 07 janvier 2019, Bocchit Edmond, ministre haïtien des Affaires étrangères, avant la séance extraordinaire du Conseil permanent de l’Organisation des États américains (OEA), hier 10 janvier, où les pays membres de l’OEA, dont Haïti, se sont positionnés sur la situation au Venezuela et le comportement à adopter face aux agissements de Nicolas Maduro.

Deux événements importants se sont déroulés ce 10 janvier concernant Venézuela. D’abord, il y a une séance extraordinaire du Conseil permanent de l’OEA sur la situation qui prévaut en la République bolivarienne au cours de laquelle les membres de l’organisation ont statué sur les agissements de Nicolas Maduro. Ensuite, le président du Venezuela a prêté serment dans la même journée pour un second mandat.

Deux jours avant cette grande date, aucune décision n’a été encore prise quant à la présence des autorités haïtiennes à l’investiture de Nicolas Maduro pour un second mandat. Le ministre haïtien des Affaires étrangères, selon le journal Le Nouvelliste, a dit que « jusqu’à présent, nous avons la possibilité, mais cette décision revient au président de la République. J’attend des nouvelles instructions, mais des dispositions ont été prises.». Tout en affirmant que l’ambassadeur haïtien à la république bolivarienne du Venezuela vont représenter le pays à l’investiture de Nicolas Maduro. « pour des raisons diverses, cela peut arriver qu’un pays n’envoie pas une délégation de haut niveau dans un cas pareil. Et ce, malgré les bons rapports qui peuvent exister entre les deux pays en question » a-t-il fait savoir au micro de Magik 9.

Dans cette réunion extraordinaire, Haïti s’est fait représenté par Léon Charles, représentant A.i à l’OEA. Haïti a voté contre le nouveau mandat du président Nicolas Maduro. Léon Charles déclare plus tard que la République d’Haïti croit fermement que le triomphe de la gouvernance démocratique demeure la voie royale en vue de faire face à cette situation de crise au Venezuela. « Une grave crise humanitaire existe sur la frontière colombo-vénézuélienne, avec des conséquences sociales, économiques et sécuritaires. A court terme, les états membres de la Caraibe se doivent de trouver des mécanismes, afin de faire à cette crise humanitaire qui touche de nombreux pays la région», affirme-t-il dans son discours de circonstance.

Luis Almagro, secrétaire général de l’OEA, après le vote tenu jeudi après-midi au siège de l’OEA à Washington, salue lui-même l’engagement des pays des Amériques en ignorant le régime illégitime de Nicolás Maduro. « Le peuple du Venezuela n’est pas seul » conclut-il.

Et, l’Union européenne a appelé mardi dernier à des élections « libres » au Venezuela. « Nous considérons que l’élection présidentielle (de 2018) n’a été ni libre, ni crédible. L’UE demande une nouvelle élection, libre et juste », a déclaré la porte-parole de la diplomatie européenne, Maja Kocijancic.

Cependant, le président vénézuélien a reçu, comme prévu ce même jeudi, l’écharpe présidentielle des mains du président du Tribunal suprême de justice (TSJ), fidèle au régime, et non devant le Parlement, la seule institution aux mains de ses opposants, après sa réélection le 20 mai dont les résultats sont contestés par l’opposition et une partie de la communauté internationale. Cette cérémonie à Caracas s’est déroulée en présence de nombreux militaires, des présidents de gauche de la Bolivie, de Cuba, du Salvador, du Nicaragua et des représentants de pays alliés comme la Chine, la Russie et la Turquie.

Le Parlement est donc en conflit ouvert avec le président. Et l’Église, très puissante dans un pays qui compte 90% de chrétiens, parle « d’un mandat illégitime et moralement inacceptable ». Mais pour Maduro, 56 ans, qui se moque éperdument de ces critiques, « Le Venezuela est au centre d’une guerre mondiale de l’impérialisme américain et de ses gouvernements satellites», a t-il déclaré lors de son investiture. « Ces derniers ont tenté de transformer une prise de contrôle pacifique officielle, protocolaire, légale et constitutionnelle, en une guerre mondiale contre notre pays». Il se voit uniquement comme l’héritier de la « révolution bolivarienne » initiée par son prédécesseur Hugo Chavez, il y a 20 ans. Et tout le pouvoir est désormais concentré entre ses mains et celles de ses proches. Un diplomate occidental résume la situation en ces termes : « Maduro est toujours le capitaine, mais c’est le capitaine du Titanic ».

Maduro menace les pays qui ont appelé à son départ. Il laisse 48 heures aux gouvernements du cartel de Lima pour rectifier leur politique interventionniste et grossière. « Sinon le gouvernement vénézuélien prendra les mesures diplomatiques les plus urgentes et sévères pour défendre l’intégrité, la souveraineté et la dignité de notre Venezuela » relate-t-il.

Une grande crise économique

Le Venezuela est plongé dans la plus sévère crise économique qu’ait dû affronter un pays latino-américain dans l’histoire moderne. « Les perspectives de récupération sont pessimistes à court terme. On ne perçoit pas une véritable volonté politique de concevoir et mettre en œuvre un programme économique intégral qui corrigerait les déséquilibres macroéconomiques, les profondes distorsions des prix relatifs et le dysfonctionnement des institutions maintenant l’économie dans une situation de chaos.» peut-on lire sur le site Barril.info, une tentative de décryptage du Venezuela.

Au cours des quatre dernières années, selon ce même site, le Produit Intérieur Brut ( PIB) du Venezuela s’est effondré de près 40%, dans un contexte de pénurie qui n’affecte pas que les entreprises par l’absence d’intrants, de matières premières et de bien de capital importés, mais la population dans son ensemble qui consacre une bonne partie de son temps à chercher des biens nécessaires à sa survie. La Banque centrale du Venezuela (BCV) se retrouve sans réserves internationales disponibles, dans un contexte où les maigres revenus du pétrole n’arrivent plus à couvrir la lourde charge des obligations financières extérieures, contractées à l’époque du boom pétrolier : 45% des revenus des exportations annuelles y sont consacrés en moyenne ces quatre dernières années. Pour couvrir le déficit extérieur, le gouvernement de Maduro a réduit les importations (dans tout le spectre des biens et services) de presque 76% au cours de la même période.

La situation de ce pays serait « similaire à celle de l’Allemagne en 1923 ou à celle du Zimbabwe à la fin des années 2000 », selon un responsable du Fonds monétaire international (FMI). L’inflation au Venezuela devrait accélérer de 1.000.000 % d’ici la fin de l’année et le PIB du pays, en crise financière et humanitaire, devrait se contracter de 18 % en 2018, selon des prévisions du FMI publiées en juillet dernier.

Sur le blog https://blogs.imf.org/2018/07/23/outlook-for-the-americas-a-tougher-recovery/, Alejandro Werner souligne aussi que les pays voisins risquent d’être de plus en plus exposés aux répercussions de l’effondrement de l’économie vénézuélienne. La pénurie de nourriture, les difficultés croissantes pour accéder aux soins de santé, à l’électricité, à l’eau, aux transports, combinées aux problèmes d’insécurité, ont fait fuir en masse la population qui se réfugie notamment en Colombie et au Brésil.

La route de l’exil Chaque jour, selon le site publicsenat.fr, des milliers de Vénézuéliens poussés à l’exil débarquent sur le pont Simon-Bolivar, qui marque la frontière avec la Colombie. 10 % de la population a fui le Venezuela depuis 2015 d’après les derniers chiffres du Haut-Commissariat de l’ONU (HCR), et on se situe aujourd’hui dans le plus grand mouvement de population de l’histoire récente de l’Amérique latine.

Selon France Info, pour passer du Venezuela à la Colombie, la traversée est périlleuse. C’est la route illégale qu’empruntent les Vénézuéliens sans passeport. Il faut faire vite. L’armée et la police aux frontières ne sont pas loin. A bout de force, leur vie sur les épaules, tous ont quitté un Venezuela plongé dans une crise sans fin et où l’on manque de tout.

Andreina Flores, journaliste vénézuélienne réfugiée à Paris, compare en novembre 2018, cette situation à celle de la caravane de migrants qui a quitté le Honduras il y a un plus d’un mois : « Si on considère 8 000 migrants dans la caravane du Honduras, au Venezuela on parle de 5 000 personnes qui fuient le pays tous les jours, on peut faire plusieurs caravanes avec ça. » Les pays frontaliers, à l’instar de la Colombie où sont arrivés près d’un million de Vénézuéliens, selon l’autorité migratoire Migración Colombia, ou encore le Pérou, qui tend à fermer ses frontières, peinent à faire face à ce défi migratoire inédit.

Snayder Pierre Louis

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