Les enfants des rues en Haïti font partie des groupes les plus vulnérables face à la violence, les abus et les gangs qui en font les victimes peu visibles de la situation humanitaire d’Haïti. Leurs misères s’intensifient dans la capitale haïtienne au même rythme que leur nombre.

 

Des milliers d’enfants des deux sexes traînent leur mal être dans les rues de Port-au-Prince et dans certaines grandes villes de province, sans espoir de sortir de cet enfer quotidien dans lequel ils ont été plongés par la rapacité et la mauvaise foi de nos élites politique et financière. Ces jeunes qui auraient dû vivre leurs moments de contes de fées et être sur les bancs de l’école pour préparer leur avenir se retrouvent forcés de vivoter dans la rue, fouillant les poubelles, devenus mendiants, vendant à la sauvette dans les quartiers pauvres.

 

Selon le sociologue haïtien Dimitri Noël, les explications sont multiples quant aux raisons fondamentales qui poussent des enfants à élire domicile dans la rue, où ils demeurent frustrés et désespérés. Ils sont souvent délaissés par des parents qui ne peuvent assumer leurs responsabilités les plus immédiates, entre autres : l’alimentation, l’habillement, l’écolage, le logement, les soins médicaux, etc. Venant des milieux défavorisés du pays, ces enfants n’osent envisager la possibilité d’un avenir meilleur, d’autant qu’ils ne peuvent rien espérer des décideurs.

 

Adlin Jean ( Prénom changé à sa demande), âgé de 19 ans, fait partie de cette catégorie défavorisée et vulnérable. Il vit dans les rues depuis 2016 après la mort de sa mère. «mon père n’a pas de boulot, c’est pourquoi il m’autorise à prendre la rue pour mendier mon pain quotidien. Aujourd’hui le champ- de-mars est ma maison, je dors à la belle étoile» déclare Adlin qui n’a que la cigarette et des volutes de fumée pour apaiser ses remords.

 

Il ya ceux qui sont orphelins, leurs parents sont morts au séisme de 2010 d’une magnitude de 7,0 à 7,3 ayant frappé Haïti le 12 janvier 2010 à 16 heures 53 minutes et 10 secondes, heure locale. En fait, 220.000 personnes ont perdu la vie et 300.000 ont été gravement blessées.
Alors que l’UNICEF, par la convention des droits de l’enfance, tend à faire de son mieux pour garantir et protéger les droits des enfants, il semble qu’en Haïti les mécanismes de protection de l’enfant soient encore à la première phase. Plus de 3000 enfants sont en situation ds rues dans la capitale (Aide médicale internationale avril 2011, Etude sur les enfants des rues). Dans chaque sous-quartier de la ville de Port-au-Prince et même au cœur de la ville, des enfants circulent comme des va-nu-pieds. Ils quémandent, essuient les pare-brises des voitures, aident les passagers du transport public à s’embarquer, volent, érigent des pneus enflammées lors des manifestations et errent pendant des heures dans les rues. Certains font même du salon public leurs nouvelles demeures.

 

Zacharie Louis, comme beaucoup d’autres enfants de rues, exerce un métier à part entière, il l’assume : celui de BèfChenn. Il travaille pour obtenir son unique source de revenu. Jeans au bas de la taille, un maillot délavé, il invite les gens à prendre place à bord, en criant à tue-tête. Quand un passager arrive, il n’a plus la possibilité de choisir dans quel véhicule monter. En un clin d’œil, il se voit escorté, happé et contraint de grimper dans un minibus. « J’exerce ce métier depuis trois ans. C’est mon gagne-pain. C’est un dur métier.» déclare-t-il, non sans soucis de se trouver un autre boulot.
Les enfants des rues sont parmi les plus vulnérables à l’infection par les MST / VIH / SIDA. Selon les données générales d’Haïti à l’UNICEF: 7% des garçons et 18% des filles sont séropositives. On estime que jusqu’à 70% des filles ont été sexuellement exploitées.
Une telle situation ne manquerait d’interpeller les gens de grand cœur. Judith Alexandre, une habitante de Magloire Ambroise, en fait partie. « L’état dans lequel ils vivent est très alarmante. Ils n’ont pas peur de maladies infectieuses. Parfois, je les aide, en leur donnant des vêtements, de la nourriture. Car avant tout, ce sont des personnes dans le besoin.» relate-t-elle.

 

Quant à une politique de protection des droits de cette catégorie, les autorités font encore lanterner. Les promesses, à ce sujet, ne sont que des « fables », constatent plus d’un. Entretemps, ils continuent d’encaisser les rudes coups du destin. Le sexe, l’alcool et les autres vices ne sont plus alors des accidents, mais des choix délibérés. Ils sont privés de leurs droits à la survie, à la santé, à la nutrition, à l’éducation et à la protection.
« La maladie, nous savons ce que c’est, surtout en période cyclonique » lâche Emmanuel, vivant dans les rues depuis 2014. La voix rauque, le visage terreux, il explique sans justifier pourquoi bon nombre d’entre eux sont morts suite à des maladies.
Sans aucune forme d’éducation de base ni la moindre notion économique, ces enfants n’ont aucun avenir et leur espérance de vie reste effroyablement basse.
«Beaucoup d’entre nous aimeraient bien aller à l’école» ajoute Zacharie. «J’ai abandonné les cours en 9eme année fondamentale, après la mort de mes parents», mentionnant qu’il y a des institutions qui ont promis de financer leur scolarité, mais « c’est comme l’Etat de notre pays qui nous promet chaque jour» fait-il savoir en riant.

 

Les enfants des rues sont régulièrement victimes d’agressions sexuelles, surtout de la part des travailleurs étrangers. «Il y a clairement un problème de pédophilie au sein de plusieurs organisations non gouvernementales (ONG) internationales et il faut que ça cesse. Les enfants de tous les pays, peu importe leurs conditions de vie, méritent d’être protégés» affirme Jude-Mary Cénat, le chargé de cours au Département de sexologie à l’UQAM, dont la thèse de doctorat portait sur les traumas et la résilience suivant le tremblement de terre en Haïti, en 2010.

 

Quand il pleut, ils se réfugient sous les voitures pour dormir mais il n’y a aucune solution pour échapper aux rayons de soleil. Torses nus, sans sandales, il n’y a aucune cachette possible pour échapper à la chaleur de la terre. Aucun d’entre eux ne dit vouloir laisser le pays, parce qu’ils semblent être là où le destin voulait qu’ils soient. Pourtant, chaque jour, les choses restent comme elles ont été toujours dans les stations, dit Zacharie. S’empirent même.

Snayder Pierre Louis

Publicités

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.