L’administration Martelly/Lamothe avait décidé de doter l’Ile-à-Vache d’un aéroport pour la rondelette somme de 19, 525,143.21 dollars américains en vue d’attirer des investisseurs. Pour que la compagnie Estrella lance les travaux sur l’île au potentiel touristique intéressant mais qui comptait moins de cent chambres d’hôtel, 5, 256,552.27 de dollars ont été décaissés. Mi 2015, les travaux se sont arrêtés, après le départ de Laurent Lamothe. Sur l’île et ailleurs, on crie au « gaspillage ».

Pointe est, Ile-à-Vache, samedi 9 décembre 2017. Il y a la piste en terre battue d’un peu plus de 1000 mètres de long, un vent rugissant qui casse le silence d’un paysage de carte postale et ce qui reste des baraquements de la compagnie de construction Estrella. Tout est à l’arrêt et même le gardien du site introuvable ce jour-là. « Oh, cela fait au moins deux ans depuis que les travaux se sont arrêtés, que les Dominicains sont partis », a precisé Lifène Mathurin, un habitant de l’île. En colère, il estime que beaucoup d’argent a été « gaspillé » dans ce projet de construction d’un aéroport international à l’Ile-à-Vache. Avant d’enfourcher sa moto, Lifène Mathurin a aussi ruminé le non-versement de dédommagement promis à de petits exploitants agricoles, expropriés dans le cadre du projet « Destination Ile-à-Vache » de l’administration Martelly Lamothe, porté, entre autres, par l’ex-ministre du Tourisme Stéphanie B Villedrouin.

« C’est de l’argent utilisé dans le mauvais sens », a préféré dire le maire de l’Ile-à-Vache, Jean Yvres Amazan, dans une interview accordée au journal. Après deux ans et des investissements, la quantité de touristes à visiter l’île n’a pas augmenté. Elle a diminué, a constaté le maire, qui a identifié les « faiblesses » de ce « beau projet » dans lequel la population « n’a jamais vu son intérêt ». L’État, à travers le ministère du Tourisme, doit se prononcer au plus vite sur la poursuite ou la réorientation du projet, a suggéré le maire de l’Ile-à-Vache, Jean Yvres Amazan.

Le sénateur du Sud Jean-Marie Salomon, interrogé par le journal, a confié son « indignation », son « amertume », son « écœurement » et son sentiment de révolte par rapport à ce qui passe sur l’île. « En ce qui concerne l’aéroport international de l’Ile-à-Vache, sans faire de procès d’intention, les fonds de PetroCaribe  ont été jetés dans un abîme », a indiqué le sénateur Jean-Marie Salomon, qui n’a pas avancé de chiffres.

Cependant, en conférence de presse, le lundi 11 décembre 2017, Michael Roy, mandataire de la compagnie Estrella, a indiqué que le contrat pour la construction de cet aéroport est de 19, 525,143.21 dollars américains. A côté de la retenue de garantie, l’acompte de 2 % exigé par la loi, le décompte approuvé pour lancer les travaux est de 5, 256,522.57 dollars américains. Les travaux ont été réalisés à hauteur de 27 %. Pour le moment, c’est une piste non asphaltée de 1 200 mètres de long sur 25 mètres de large. Mais l’emprise a été prévue pour 2 400 mètres x 45 mètres, comme la piste de l’aéroport des Cayes, a expliqué Michael Roy, soulignant que la route du port de Madame-Bernard jusqu’à l’aéroport n’était pas prévue dans le contrat. L’État devra payer la compagnie Estrella pour ces travaux, a-t-il dit, soulignant que le chantier a été arrêté parce que la supervision n’était plus assurée. Les projets sont décidés par l’État et Estrella exécute. Sur une vingtaine de projets exécutés, Michael Roy a indiqué que la compagnie Estrella a gagné dix appels d’offres. L’État a une dette de 20 millions de dollars envers la compagnie, obligée d’arrêter certains projets, comme c’est le cas pour l’aéroport de l’Ile-à-Vache. Si l’État devait suspendre le contrat, il devrait payer 1,391, 294.19 dollars à la compagnie Estrella, a expliqué Michael Roy, soulignant qu’il n’y a pas de surfacturation et dessous de table pour l’obtention des contrats de l’État haïtien.

Il y a quatre ans, en août 2013, lors de la pose de la première pierre pour la construction de cet aéroport à l’Ile-à-Vache qui n’avait même pas cent chambres, la ministre du Tourisme Stéphanie B. Villedrouin avait des étoiles dans les yeux et affiché une confiance inébranlable. Dans le cadre du projet « Destination touristique Ile-à-Vache », des appels  à investissements locaux et internationaux ont été déjà lancés, avait-elle confié aux journalistes présents. « Quatre grands groupes internationaux de l’industrie touristique ont déjà manifesté leur intérêt à venir investir sur l’île », avait-elle déclaré. Sur le même tempo, Laurent Lamothe, Premier ministre et ministre de la Planification, avait souligné que « l’Ile-à-Vache était un paradis qui peut changer l’image du pays et devenir un motif de fierté pour tous les Haïtiens ». « J’en appelle à votre fierté, à votre dignité. Vous avez là la plus belle île de la Caraïbe, c’est un paradis. Et l’administration Martelly et mon gouvernement vont tout faire pour la développer et en faire un grand pôle d’attraction touristique international », avait promis Laurent Lamothe à la population. Sur les maquettes, il était question de construction de plusieurs hotels-resorts, de 2 500 villas(condos) et d’autres projets communautaires  exécutés pour la plupart, comme la construction du centre communautaire de Kay Kock, quasi abandonné par l’État, comme la carcasse d’une Polaris. A Kay Kock, il y a aussi le dispositif en acier bouffé par la houille pour un quai, selon le rapport de la commission Beauplan, le ministère du Tourisme a versé 6,790, 167.89 gourdes des 9, 126, 569.74 gourdes au maitre d’œuvre.

Sur l’île, l’appellation, l’exécution et l’impact réel de certains projets n’en finissent pas de donner du grain à moudre. A un certain moment, le président Michel Martelly -qui avait supporté Laurent Lamothe et Stéphanie Villedrouin dans le cadre du projet « Destination Ile-à-Vache »- avait, avec Evans Paul comme Premier ministre, pris une résolution PetroCaribe en juillet 2015 pour désaffecter des fonds pour des projets du ministère du Tourisme. Y compris celui de l’aéroport d’Ile-à-Vache.  A un peu plus d’une dizaine de kilomètres de là, les financements pour un autre éléphant blanc, l’aéroport Antoine Simon des Cayes. Cet aéroport, qui n’avait jamais généré de trafic depuis 2005, a été l’objet de travaux décidés par l’administration Martelly/Lamothe. Le contrat a été signé en mars 2013. La supervision a été faite par Louis Berger Group. Sur les 20 millions du contrat, il y a eu un décompte approuvé de 10 millions de dollars. 40 % des travaux ont été exécutés, a confié Michael Roy, mandataire de la compagnie Estrella. Le journal n’a pas encore contacté l’ex-Premier ministre Laurent Lamothe ni l’ex-ministre du Tourisme Stéphanie B. Villedrouin. Cependant, si un ancien haut fonctionnaire rejette toute suspicion de détournement de fonds publics en rapport aux projets exécutés à l’Ile-à-Vache, il reconnait « qu’il y a eu du gaspillage en raison de la mauvaise planification ».

Entre-temps, entre la construction d’éléphants blancs, d’éléphants inachevés pour lesquels l’État risque de payer des pénalités de rupture de contrat, la facture risque d’être salée. D’autant que le pays, pour l’argent de PetroCaribe utilisé, dans certains cas de manière pour le moins irresponsable, doit s’acquitter du service de la dette. Sur l’efficience de ces dépenses, ni la Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif, ni le Parlement n’ont joué leur rôle de garde-fou. Ce n’est qu’en février 2015 que la Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif, dans son « rapport sur la situation financière du pays et l’efficacité des dépenses publiques pour l’exercice 2013-2014 » a touché la plaie du doigt. « Quand cet équipement aura été construit et mis en service, il sera de toute évidence un plus pour les habitants de la région du Sud ainsi que pour les hommes d’affaires qui dépendent uniquement de l’aéroport de Port-au-Prince pour effectuer leurs déplacements à l’étranger, sans aucune alternative. Une fois achevé, ce projet devrait être une source importante d’emplois pour la ville des Cayes qui pourrait devenir un centre touristique recevant des voyageurs venus de l’extérieur », avait écrit la Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif dans ce rapport. Elle a dit considérer « ce projet comme ayant une haute potentialité qui le rendra éventuellement utile », a poursuivi ce rapport capable de dire une chose et presque son contraire sur ce sujet. Ce rapport n’avait pas analysé le projet de construction de l’aéroport de l’Ile-à-Vache. Le président Jovenel Moïse, issu de la famille politique Tèt Kale, semble prendre son temps avant de faire l’inventaire, le bilan et imprimé sa marque par rapport à l’avenir de ces chantiers, de ces contrats…

Roberson Alphonse source le nouvelliste

 

Publicités

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.