Editorial –

Haïti commémore la 8e année du séisme du 12 janvier 2010 qui a changé pour toujours le destin de nombreuses familles haïtiennes. Si le pays fait semblant d’être guéri du drame, beaucoup de personnes pleurent encore dans la solitude leurs proches disparus. Comme lors des années précédentes, nous nous apprêtons à saluer la mémoire des victimes pour passer à autre chose le lendemain. D’ailleurs, dès le lendemain de la célébration du 1er anniversaire de la catastrophe, nous étions déjà passés à autre chose. C’est bien d’avancer, pas bien d’oublier.

8 ans après la mégacatastrophe, est-il trop tôt pour faire le bilan de ce que nous avons fait pour tenter de panser les plaies béantes qu’elle a laissées ? Au lendemain du 12 janvier 2010, beaucoup de promesses ont été faites, beaucoup d’engagements ont été pris pour que, plus jamais, le pays n’enregistre autant de morts, ni de blessés, ni de dégâts matériels lors d’une catastrophe naturelle. Cela impliquerait la construction d’une nouvelle Haïti avec pour corollaire de faire de la politique autrement, de réformer le système éducatif, de réduire les inégalités sociales, de construire des infrastructures selon les normes, etc. Huit ans après, où en sommes-nous ? Qu’avons-nous fait pour que plus jamais le pays ne revive un 12 janvier ?

Des spécialistes, des observateurs, de simples citoyens estiment que rien n’a changé depuis la catastrophe. Au point que certains prétendent qu’un séisme de la même magnitude que celui de 2010 ferait le même nombre de victimes. Ils ont peut-être raison si nous considérons que peu de leçons ont été apprises de la catastrophe. Nous continuons de construire comme avant le 12 janvier 2010. Beaucoup de publicités ont été faites autour d’un code de construction qui jaunit dans les tiroirs. Les mairies n’ont toujours pas la capacité de contrôler les constructions dans leur commune. Pour preuve, les nouveaux quartiers construits au nord de Port-au-Prince ne sont pas mieux aménagés que ceux qui ont été détruits ou endommagés par le séisme. Au vu et au su de l’État et des élites, le pays continue de renforcer sa vulnérabilité, ses faiblesses.

Dans le domaine de l’éducation, qu’avons-nous fait pour changer le comportement de la population pendant et après un éventuel séisme ? Combien de nos écoles réalisent fréquemment des exercices de simulation liés au tremblement de terre ? S’il est vrai que beaucoup de « bòs mason » ont été formés par le ministère des Travaux publics, Transports et Communications ainsi que par des ONG sur la construction parasismique, qui se charge de vérifier s’ils prennent en compte les notions étudiées dans leurs constructions ?

À défaut de pouvoir tout changer en huit ans, nous pourrions choisir de réguler le secteur de la construction et de renforcer la capacité de la population en vue d’avoir le bon réflexe au cas où se survient un séisme de forte magnitude. N’est-ce pas les constructions hors-normes et l’ignorance qui avaient causé autant de victimes le 12 janvier 2010 ? Huit ans après, il semble que nous oublions si les mêmes causes produisent les mêmes effets.

En ce 12 janvier 2018, c’est bien de penser à nos disparus, de dire bon courage à ceux qui portent des cicatrices de la catastrophe dans leur corps ou dans leur âme. Mais le plus grand hommage que nous pouvons leur rendre, c’est de tenir notre promesse de construire une Haïti meilleure que celle qui a été détruite par le séisme de 2010. Il n’est pas trop tard pour lancer les travaux de ce projet collectif.

Jean Pharès Jérôme

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