L’année 2017 a consacré le retour à l’ordre constitutionnel. Le processus électoral enclenché depuis 2015, a permis l’élection du président de la République, Jovenel Moïse. Fini le gouvernement provisoire initié en 2016 et le spectre d’une longue transition faute de dirigeants issus d’élections démocratiques. De la prestation de serment du chef de l’État au fonctionnement complet des deux chambres du Parlement, majoritairement proches du pouvoir, le décor était planté pour la ratification du Premier ministre Jack Guy Lafontant le 21 mars.

Pour concrétiser la vision politique du président axée notamment sur la relance de l’Agriculture, l’Administration Moïse-Lafontant a fait de la Caravane du changement son cheval de bataille. Il s’agit pour le président Jovenel Moïse qui en assure le leadership, d’une stratégie visant à mobiliser les ressources de l’État au bénéfice de la population. Lancée le 1er mai dans la Vallée de l’Artibonite, particulièrement dans une localité dénommée « Lagrange », cette initiative dont les premières estimations devant couvrir l’ensemble du territoire national, sont estimées à 3 milliard 500 millions de gourdes, a permis de drainer quarante-trois kilomètres de canaux, d’irriguer 185 canaux et de réhabiliter 196.7 kilomètres de rempart de protection de berge et 113 kilomètres de pistes agricoles.

Dans le Grand Sud où l’initiative a démarré le 1e juillet, la Caravane n’est pas au reste. Au niveau du département du Sud proprement dit, l’action gouvernementale a abouti au revêtement de 25 kilomètres de route sans omettre les 125 kilomètres de route profilés et rechargés  ainsi que 1 100 mètres linéaires de la ravine du Sud calibrées. Dans la même veine, le département de la Grand-Anse a eu sa part du lot. Des travaux de réhabilitation ont été effectués sur l’axe routier reliant Carrefour « Zaboka » à Pestel, et 12 kilomètres de route au niveau de carrefour « Bac » vers Marfranc ont été profilés. La commune de Miragoâne a aussi bénéficié de la construction de 22 kilomètres.

Vers la restructuration des institutions publiques

Outre la Caravane du changement, le pouvoir s’est évertué à renforcer l’appareil étatique en vue de permettre à l’administration Moïse/Lafontant de donner un meilleur rendement. Un train de mesures ont été prises à cet effet.  Il faut citer l’ouverture d’une quinzaine de Centres  de réception et de livraison de documents d’identité (CRLDI), pour décongestionner la direction des Archives nationales, l’Office national de l’identification (Oni) et la Direction de l’immigration et de l’émigration (DIE).

Plus que le renforcement des institutions existantes, le pouvoir s’est planché sur la remise sur pied de certaines institutions publiques dysfonctionnelles. Dans cette perspective, le président Jovenel Moïse a procédé via deux arrêtés présidentiels le 16 novembre, à la remobilisation des Forces armées d’Haïti (FAD’H), d’une part, et la nomination de Jodel Lesage au rang de lieutenant-général comme commandant en chef intérimaire de cette force armée. D’autre part, un commandement intérimaire doté d’un mandat de trois ans a aussi été prévu même si les personnalités devant le constituer se font encore attendre.

La mise sur pied du Conseil national de coordination des médias d’État et de service public de trois membres, et la réouverture du journal L’Union, fermé après la chute du président Jean Bertrand Aristide en 2004, s’inscrit également dans cette démarche.

Dans cette même logique, des démarches sont en cours en vue de doter le pays d’un Conseil électoral permanent (CEP). Selon la Constitution, cet organe électoral devra être formé de neuf membres provenant des trois pouvoirs de l’État à raison de trois membres par pouvoir. Sans oublier le processus de mise en place du Conseil constitutionnel.

Hormis les institutions publiques, le renforcement des partis politiques figurent dans la liste des priorités du pouvoir. Un comité de suivi pour le financement et l’institutionnalisation des partis politiques (Cosfipp), a été mis sur pied dans cette dynamique. Au terme de 90 jours de travail, ce comité de 10 membres a  proposé une application modulée de la loi de janvier 2014, portant sur le financement des partis politiques. Une cinquantaine de partis politiques ont été habilités à  recevoir le financement de l’État.

Le Budget de la discorde

En dépit de toutes ces avancées sur le plan institutionnel, le pouvoir n’en demeure pas moins controversé. Le vote de la loi de finances 2017-2018 au Parlement a suscité les grognes de plus d’un. Il s’en est suivi une série de manifestations violentes visant à forcer le gouvernement à rétracter ce budget jugé pourtant innovant pour le pouvoir mais très contesté par certains politiques. Entre autres corollaires du vote et de la promulgation du budget, la protestation des magistrats contre le peu de crédit budgétaire accordé au Conseil supérieur du pouvoir judiciaire (CSPJ).

Diplomatie : des notes positives…

Sur le plan international, Haïti a bénéficié d’une meilleure visibilité. La diplomatie haïtienne a obtenu nombre de satisfactions, notamment, sur le dernier renouvellement du Statut de protection temporaire (TPS) des migrants haïtiens aux États-Unis d’Amérique. Il en a été de même pour la régularisation des expatriés haïtiens au Chili. Le hic serait la visite impromptue du ministre haïtien des Affaires étrangères, Antonio Rodrigue, au Canada, au moment de la grande vague de migration des ressortissants haïtiens vers le Canada.

Cependant le plus récent succès international du pays, a été la tournée européenne du président Jovenel Moïse du 9 au 15 décembre 2017. Lors de sa participation au sommet sur le climat « One Planet Summit », le chef de l’État s’est attaqué à la bureaucratie internationale, frein à la concrétisation de l’aide internationale. Le président de la République a plaidé en faveur de l’accélération du décaissement des fonds aux pays caribéens et insulaires vulnérables aux risques  des intempéries. Il faut souligner, dans cette optique, que la France a  promis à Haïti dans le cadre du fonds vert, la somme de 30 millions de dollars américains pour faire face aux aléas climatiques et un traitement approprié aux risques climatiques en faveur des pays insulaires.

Haïti assurera la présidence tournante de la Caricom, à partir du 1er janvier 2018. La lutte  contre le changement climatique sera au cœur de cette présidence tournante, à en croire les propos du président de la République, Jovenel Moïse. Dans son intervention à la 72e assemblée générale de l’Organisation des Nations unies, le jeudi 21 septembre 2017, il a annoncé le lancement, avec les pays de la Caraïbe, d’une conférence régionale devant permettre la mise en place d’une commission caribéenne interétatique, chargée de prendre les décisions pour permettre une meilleure résilience des États insulaires.

Alexandre Miche

 

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