Il n’était pas encore 04:00 p.m. quand tout a commencé, ce vendredi 6 juillet 2018. Personne — ou presque — n’aurait pu imaginer qu’Haïti allait sombrer dans un tel chaos dans les 24 heures qui suivraient. (…) Serait-ce la défaite de la sélection brésilienne? La hausse “seule” du prix de l’essence ? Les causes profondes de ce qui fut douleur et amertume pour quelques-uns, euphorie pour une grande majorité, ou encore tristesse pour le pays, sont encore recherchées.

 


La situation évolua si rapidement qu’il eût fallu, en temps normal, que de graves décisions eussent dû être prises… On se souviendra des multiples “Flash! Flash!” , “Scoop!”, “Atansyon!”… accompagnés d’images et de notes vocales, aux côtés des fausses alertes de démission, qui ont envahi les réseaux sociaux. Néanmoins, contre toutes attentes et sollicitations, on n’allait voir ni la démission du Chef de la Police, ni celle du Gouvernement, encore moins celle du Président de la République.



Qu’il s’agisse de l’Armée, du Gouvernement, d’une institution, bref, toute structure à gouvernance classique, la hiérarchie détermine la chaîne des responsabilités. En d’autres termes, nonobstant quelques nuances découlant de l’opérationnel, on va dire qu’il s’agit d’une structure de fusibles dont la résistance se renforce suivant la pyramide de la chaîne de commandement. Ainsi, réclamer la démission du Président de la République alors que le Premier ministre et son cabinet restent en poste, relèverait presque de l’absurde.

 


Le Premier ministre n’a pas démissionné. Il l’assume. Aussi ai-je cherché à comprendre pourquoi son attitude contraste tant avec l’opinion. C’est ainsi que j’ai constaté, à mon grand étonnement, qu’une vague de démissions a eu lieu à plusieurs niveaux afin de sauvegarder son Gouvernement.



C’est ainsi que j’ai constaté, à mon grand étonnement, qu’une vague de démissions a eu lieu à plusieurs niveaux afin de sauvegarder son Gouvernement.



De toutes celles qui me sont parvenues, et que je continue à recevoir, j’ai retenu:



La démission de l’Église, aujourd’hui transformée en business et espace privilégié d’aliénation du peuple, offrant en spectacle au quotidien des frères et sœurs périssant sous le joug de l’ignorance ;



La démission de la famille, une institution en voie de disparition, qui n’existe presque plus d’ailleurs, car, dépourvue de son autorité, elle constitue aujourd’hui l’espace de préparation d’éléments qui deviendront ce que les sociologues appellent des “dangers sociaux” ;



La démission de l’école qui a changé de vocation et se transforme de plus en plus, en témoignent les réseaux sociaux, en espaces d’ébats et de spectacles sexuels, d’after school parties, de programmes récréatives hebdomadaires débauchés, désormais parties prenantes du cursus scolaire ;



La démission du Parlement, incapable d’être à la hauteur de son mandat, par la population à lui confiée; privilégiant un rôle d’acteur plutôt que son droit de regard pour la bonne marche des institutions républicaines ;



La démission des ministères de service public dont le fonctionnement est caractérisé par le cercle vicieux des “contacts”, du népotisme, des raquettes de toutes sortes …



La démission de la presse qui, majoritairement vassalisée, est incapable de jouer son rôle d’éclairer et d’accompagner la population en étant réellement un quatrième pouvoir ;



La démission de l’Université, asphyxiée, dépourvue de moyens, transformée à tort, en un espace se vidant de son savoir, dirait-on dispensée de production intellectuelle, un référent de jeunes révoltés et fauteurs de troubles ;

 


La démission de la Communauté internationale qui privilégie les intérêts de l’ensemble de ses parties au détriment des intérêts du pays qu’elle abuse en prétendant accompagner, profitant du laxisme et de l’autolatrie des décideurs ;



La démission du secteur privé des affaires qui, aveuglé par ce système qui pendant longtemps lui a été favorable, a contribué à faire de ce cancer socioéconomique, une métastase présentement en phase terminale …
Il n’y a aucun doute, la liste serait interminable
.

 


Moi aussi d’ailleurs, j’ai failli démissionner. Il m’est venu l’envie de partir ce vendredi là, mais Haïti m’a appelé pour revenir sur cette décision. Ma démission n’a pas été soumise. J’invite toute la jeunesse active et déterminée, à ne pas démissionner.


C’est à cette jeunesse dont je fais partie, de construire le pays, de se fixer des idéaux de développement à moyen et long termes, de se choisir des modèles. Des exemples.
Malgré la démission en bloc de nos institutions…

 

 

Par Max Guybert Lyron |

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