Le sénateur Jean Renel Sénatus critique sévèrement ses collègues qui ont boycotté jeudi dernier la séance du vote du rapport de la commission spéciale chargée d’approfondir l’enquête sur l’utilisation des fonds PetroCaribe. Il qualifie leur acte de «grande lâcheté». Selon les explications de l’ancien commissaire du gouvernement de Port-au-Prince, il y aurait eu la veille une rencontre entre le chef de l’État et dix-neuf sénateurs tous proches du pouvoir à qui il avait demandé de voter contre le rapport. Ces sénateurs n’ont pas voulu faire de cadeau au président de la République puisqu’il avait menacé de réduire de deux ans leur mandat, a confié Jean Renel Sénatus rappelant que le pouvoir exécutif ne devrait pas exercer des pressions sur le pouvoir législatif.

« Nous ne pouvons pas arrêter de faire le travail pour lequel la population nous a mandatés à cause de la menace d’un président de réduire notre mandat», a fulminé le sénateur. Il s’est dit en même temps «étonné» et « choqué» du comportement du chef de l’État qui, pourtant à longueur de journée, prétend combattre la corruption. Il reproche au président Jovenel Moïse de dire une chose et d’en faire une autre.

Jean Renel Sénatus, qui croit que la corruption constitue un handicap au développement et au progrès du pays, appelle le président du Sénat à programmer la séance dans un délai pas trop lointain afin que le rapport soit mis au vote et que la population puisse voir dans quel sens va voter chaque sénateur. Lui, il promet de voter pour, malgré ses réserves concernant le document. « Comment peut-on comprendre que le nom de plusieurs anciens ministres soient épinglés dans le rapport alors que le nom d’aucun parlementaire n’y apparait pour délit d’initié, un élément constitutif de la corruption», se demande Jean Renel Sénatus, soulignant que, dans la plupart des cas, les ministres doivent leur poste aux parlementaires.

Pourquoi des personnalités, dont Nonie Mathieu et Harold Elie et des firmes telles que la CECOSA et la SOGENER qui ont été épinglées dans le rapport de Youri/Latortue ne sont plus dans le rapport de Beauplan ? « Nous avions demandé à Beauplan d’approfondir l’enquête et non de la revoir ou la corriger. Il pouvait à la rigueur l’augmenter et non enlever des noms», a indiqué Jean Renel Sénatus, qui veut avoir des clarifications sur ces points. Il aurait aimé aussi voir apparaitre dans le rapport les noms de Robert Marcelo et d’Alix Gassant Junior, deux victimes dans des dossiers relatifs à PetroCaribe.

La plupart des anciens dirigeants accusés dans le rapport dénoncent des «persécutions». « Dire qu’il s’agit de persécution est un alibi, un paravent», selon le sénateur de l’Ouest qui conseille à ces derniers, s’ils y croient vraiment, de faire valoir leur droit devant les tribunaux. « Ce n’est pas en rejetant le rapport que cesseront les persécutions», a-t-il dit. « S’il y a persécution, poursuit le parlementaire, c’est par-devant les tribunaux que tout doit être réglé».

«Nous sommes dans un imbroglio »

Le sénateur Jean Renel Senatus ne croit pas que le rapport de la commission spéciale d’enquête sur l’utilisation des fonds PetroCaribe ira très loin après le vote au Sénat de la République. « Le rapport ne pourra pas être acheminé directement à la justice. Il sera déclaré irrecevable par le juge parce que le premier devoir d’un magistrat qui se respecte c’est d’examiner sa compétence. Puisque cette question a rapport à des actions posées par des anciens ministres dans le cadre de leurs fonctions, il sera très difficile de dire qu’en dehors de la Cour supérieure des comptes que le juge va s’en saisir et avancer », explique Jean Renel Sénatus. Et même si le dossier était d’abord envoyé à la Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif, le sénateur ne s’attend à rien dans la mesure où Harold Elie, actuel président de la cour, a été cité dans la première enquête de Youri Latortue. « Harold Elie sera à la fois juge et partie», fait-il remarquer.

Face à cette situation qu’il qualifie d’«imbroglio», l’ancien commissaire du gouvernement propose l’adoption d’une loi permettant d’engager des poursuites contre n’importe quel ancien haut fonctionnaire sans «autorisation préalable», c’est-à-dire le rapport de la CSC/CA ou l’autorisation expresse du président de la République pour un ancien ou un actuel directeur général. Cette loi permettrait aussi d’engager des poursuites contre des parlementaires sans avoir à lever leur immunité.

Mais en attendant, Jean Renel Sénatus ne compte que sur les initiatives de la société civile telle que la marche qui aura lieu ce mardi pour arriver à bout de la corruption.

Danio Darius
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