Des centaines de milliers de personnes ont cette année, pendant les trois jours gras et en dépit des problèmes d’organisation, savouré avec délectation la performance de Roody Roodboy au carnaval de Port-au-Prince, l’une des plus grandes manifestations du patrimoine culturel immatériel en Haïti, relevant d’une très longue tradition de plus de deux siècles. L’artiste est couronné champion par le staff de la Radio Télévision Caraïbes.

Il faut mentionner tout de suite que le carnaval haïtien est parfois le théâtre d’intenses tractations politiques capables d’orienter aisément des choix essentiels, comme celui des groupes agréés pour le parcours. Le carnaval étant un événement public, les élites économico-politiques veulent le maîtriser pour se protéger à tout prix contre des éventuelles dénonciations, ou du moins pour les limiter. En ce sens, le carnaval peut être vu comme un danger pour les autorités politiques et pour les membres du secteur économique. C’est dans ce même ordre d’idées qu’on a essayé de comprendre les difficultés auxquelles a fait face l’artiste Roody Roodboy avant d’être finalement accepté par le comité du carnaval national, surtout suite à la mobilisation de la population dans les médias et sur les réseaux sociaux. Il a failli payer cher son texte qui est très critique envers les dirigeants, les membres de l’opposition et les élites économiques, etc. À travers son texte, on peut avoir une idée complète des conditions difficiles dans lesquelles vit la population haïtienne. Autrement dit, l’artiste a réussi à caricaturer les difficultés de chaque jour, tout en proposant une mélodie très jolie à écouter, nous invitant à nous décompresser et à nous libérer. Donc, il a permis aux gens certes de se faire plaisir, de profiter des jouissances de la vie, mais également de méditer sur les problèmes de notre société, par le biais des messages illustrant nos déboires. Il a réussi le pari en dépit du fait que le carnaval est généralement une affaire des groupes musicaux. C’est peut-être l’une des rares fois qu’un artiste solo a fini par drainer une foule en liesse sur le parcours. Il a même fait de l’ombre à des groupes perçus comme des ténors du Carnaval, tels que T-Vice, Djakout n°1, Sweet Micky, Kreyòl La, etc. Il a donc défié ses groupes de Compas, considérés comme la tendance musicale souvent la plus significative du carnaval. Ce dernier est un véritable jeu de compétition. Et, les compétitions sont toujours porteuses d’innovation, de créativité, d’étonnement, etc.

Roody est doté d’un esprit de compétition féroce. Il en a fait preuve depuis le carnaval de l’année dernière. C’est un artiste qui sait comment communiquer avec son public. Il a également d’autres atouts : la qualité de son interprétation, ses gestes sur le char, des chœurs autour de lui, des milliers de voix dans la foule chantant sa meringue carnavalesque à l’unisson. Il a fait le carnaval le plus populaire de l’année. J’ai noté l’allégresse des carnavaliers-ères : leur manière de se laisser aller par les rythmes. Leurs cadences ont fait les délices de l’observateur que j’étais. La population a bien apprécié la chaleur et l’ambiance créées par le jeune artiste tout au long du défilé carnavalesque des trois jours gras de Port-au-Prince, du dimanche 11 au mardi 13 février 2018. Il était à la hauteur de la tâche. Marc Brégard Anderson, l’animateur de Radiotélévision caraibes fm a déclaré haut et fort, au cœur du champ de Mars : Roody Roodboy est le champion du carnaval ! Il a mérité le titre comme c’était le cas l’année dernière au carnaval de Port-au-Prince. Toutefois, comme lui avait déjà demandé mon ami Jacques Adler Jean-Pierre, ce mardi sur les ondes de Radio caraïbes : à quand une chanson contre les violences envers les femmes ? C’est peut-être son prochain hit. Attendons de voir !

Ricarson DORCE

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