2017 a été a bien des égards une année très éprouvante pour Haïti. Au plan culturel (art, littérature et musique), 2017 qui s’en va, ne laisse pas de bons souvenirs. Plus, d’une dizaine de disparitions de personnalités célèbres parties dans l’indifférence quasi-générale.

Au cours de ces douze mois, le pays a enterré quelques uns de ses dignes fils qui ont marqué l’histoire de ces dernières décennies du 20e et du 21e siècles. Certaines de ces personnalités étaient très aimées, d’autres un peu moins, mais tous et toutes connues. Poètes, écrivains, hommes politiques, chorégraphes, danseuses, chanteurs et compositeurs comptent parmi les grands disparus de l’année 2017. Mais les Haïtiens n’ont pas pour autant pris le deuil. Je n’ai pas vu des foules se déplacer pour les rendre hommage. Ces célébrités dont certains pays peuvent souvent nous envier sont parties dans un grand silence, dans une certaine indifférence qui fait frémir et qui a l’air d’un mépris de la société. Les images du président René Préval (1995-2000 et 2006-2011) étendu le torse nu sur une civière ont choqué. Les funérailles nationales qui lui étaient données n’ont pas fait déplacer la grande foule pour celui qui est jusqu’ici reconnu comme le moins corrompu de nos présidents, le seul ayant bouclé deux mandats. On peut se poser des questions sur l’héritage politique qu’il a laissé certes, mais il est également vu comme celui qui a tenté de réconcilier.

Dans le secteur artistique, le pays a enregistré le départ en 2017 de figures proéminentes qui ont marqué des générations par leurs œuvres. Vivianne Gauthier quasi centenaire, étoile de la danse folklorique haïtienne, Papa Pyè comédien, vedette du petit écran des années 80-90, Herby Widmaier, pionnier de la radiodiffusion, musicien, compositeur et chanteur. Plus tard au cours de l’année Kessy (Koudjay), Boulot Valcourt et Manno Charlemagne sont partis laissant de beaux souvenirs. Le secteur de la littérature a été endeuillé par la disparition de Claude Pierre (poète, écrivain, professeur), Serge Legagneur (écrivain, poète), Cary Hector (politologue) et Jean Claude Fignolé (romancier, poète, enseignant, homme d’affaires et homme politique). Des pertes colossales à considérer la stature de ces défunts, les œuvres léguées en héritage à la postérité, à la jeunesse visiblement déconnectée de cette génération de personnalités qui lui est inconnues et qui pourtant ont fait l’honneur d’Haïti. La mort de Manno Charlemagne est venue clôturée cette longue liste de victimes d’une année noire pour la littérature, l’art et la musique. Ce sont de lourdes pertes pour notre société, qui a tant de mal à produire en quantité et en qualité des femmes et des hommes exemplaires. Ce sont des hommes et des femmes qui ont pourtant inspiré des milliers de jeunes qui ont grandi à les lire ou à les écouter, à les admirer et à les imiter. Je n’ai pas vu, je n’ai pas senti de ferveur populaire, pas de geste de reconnaissance à leur égard pour leur contribution à la culture et à la littérature de notre pays. Serions nous incapables de montrer de grandes émotions et de l’empathie? Le lien entre les générations serait-il à ce point rompu de telle sorte qu’aucune information au sujet des ainés ne soit parvenue, communiquée aux plus jeunes? C’est le moment de se demander si on enseigne Fignolé, Legagneur ou Pierre dans la littérature haïtienne ? Les médias jouent-ils encore Boulot, Herby ou Manno? Il y a une cassure entre les générations qui grandissent dans l’ignorance quasi-totale du passé. Il y a une déconnexion effrayante, déconcertante avec la production artistique, culturelle et littéraire récente qui frise le mépris. Les jeunes ont le cœur et les yeux ailleurs. L’âme du pays s’éteint. Nous avons peut-être besoin d’un choc pour nous réveiller!

Clarens RENOIS

 

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