Il nous arrive dans ce journal, comme si nous participions à une sorte de pêche miraculeuse, d’être à l’affut des bonnes nouvelles , de celles qui pourraient remonter le moral de nos lecteurs, des faits qui annoncent un changement tant attendu ou inédit ou d’événements qui crèvent le plafond de verre de la médiocrité et de l’insalubrité. Et c’est ainsi que nous avons relevé au hasard la récupération de dizaines de millions de gourdes au ministère de l’Éducation nationale et à la Police nationale. L’éclatant succès du Festival de jazz qui s’est étendu sur plusieurs villes du pays fait partie de ces nouvelles que nous relayons volontiers. Il en est de même de la décision de la municipalité du Cap d’associer la préparation du carnaval à un grand projet d’assainissement : une sorte d’opération ville propre qui devrait inspirer d’autres mairies.

 

On pourrait ajouter les efforts redoublés d’entrepreneurs privés qui cherchent malgré tout à créer de l’emploi dans un environnement macroéconomique difficile, les tentatives ici et là d’organisations civiques et communautaires pour structurer un corps social depuis trop longtemps anémique. Sur un mode tout à fait anecdotique, la qualification de la sélection féminine pour la Coupe du monde vient donner du blé à moudre à un public avide de bonnes nouvelles si rares sur le plan local. Bref, il s’agit pour nous de présenter à l’opinion un peuple qui en dépit de tout, se cherche une voie entre le sauve-qui-peut migratoire et une lutte quotidienne au pays pour la survie.

 

Un peuple qui clame régulièrement sur les ondes de nos radios et sur les réseaux sociaux son refus de l’obscénité et des paradis artificiels qu’on lui sert à tour de bras, suivant le fallacieux prétexte que cela contribue à son bonheur ! Mais si, d’un côté, une population s’accroche désespérément à la vie et refuse la fatalité, il y a de la part des politiques une éreintante difficulté à élaborer un grand projet national de développement. Le pouvoir n’a pas encore trouvé la bonne carburation pour des politiques innovantes à même de susciter l’enthousiasme des citoyens que l’on voit se désintéresser de plus en plus de la politique-spectacle. Nous avons déjà écrit que la Caravane aussi mobile et fructueuse soit-elle sur le plan des réalisations immédiates et régionales n’est pas suffisante pour faire démarrer un pays trop longtemps englué dans la boue nauséeuse du sous-développement. Il manque encore ce grand élan visionnaire qui nous ferait dire comme l’autre : « Yes we can », « Wi nou kapab ». À quand donc des décisions économiques audacieuses qui relanceront la production nationale et renforceront la collecte des taxes à nos frontières et nos ports tout en augmentant les ressources nécessaires à la réouverture des chantiers de la reconstruction ? À quand le grand signal de la lutte contre les multiples atteintes à la propriété ? À quand une vraie mise en place du cadastre national sans lequel les conflits terriens continueront d’ensanglanter nos rizières ? Si le chef de l’État nous a habitués à un discours particulièrement vigoureux sur la question de la corruption, on attend encore des mesures concrètes. La parole sans action peut être assimilée à de la poudre aux yeux par une collectivité habituée aux mensonges d’État. Quand donc viendra le jour où on s’assurera le suivi des nos politiques publiques, et qu’on n’ait plus cette sensation de toujours retourner à la case départ ? De toujours recommencer à zéro, comme le signalait la semaine dernière un de nos chroniqueurs, Robert Berrouet Oriol ?

 

Enfin nous attendons sur le court terme, avec impatience, ce grand coup de balai dans nos rues qui devra donner le signal de la lutte contre l’indignité et montrer le respect des élus de ce pays pour leurs mandants.

Et ce sera bien pour le moral de nous tous.

 

Roody Edmé

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