Le président de la République a choisi de faire profil bas cette semaine. Peut-être un effet calmant de la récente onction du pape. Les images qu’il nous a envoyées cette semaine ont leurs côtés proprement policés et bienveillants.

 

Le pays l’a retrouvé à Bolosse pour inaugurer une bretelle de route importante pour le désengorgement de l’axe Port-au-Prince– Carrefour. Il a reçu, à la descente de l’avion, la victorieuse équipe féminine U20. Et, déposant ses chaussures à haut montant de la caravane, il a reçu en costume trois-pièces les membres du secteur privé pour compléter le budget du carnaval et, cerise sur le gâteau, il s’est réconcilié de la meilleure des manières avec le CSPJ après sa sortie, jugée insultante, mais pour le moins approximative lors de son séjour parisien.

 

Comme la nature a l’horreur du vide et que la chère opposition démocratique s’est plus ou moins désintégrée en plein vol, les cercles du pouvoir, pour une raison que la raison ne saurait connaître, ont pris sur eux la responsabilité d’animer l’actualité politique.

 

Malgré les décibels de la période carnavalesque, les bruits de bottes d’une guerre fratricide sont plus qu’audibles. C’est du moins le sentiment que l’on éprouve, suite à la prise de parole, qu’on imagine sincère et sans lubrifiant, de l’ancien président de la République, Michel Martelly, sur les ondes de Scoop Fm le mercredi 31 janvier 2018.

 

La magie du carnaval ne doit pas être aussi malfaisante. Déjà, l’idée de « moraliser » le carnaval, lieu patenté et accepté de toutes les permissions et de toutes les bouffonneries, était suspecte. En fait, la confusion inévitable entre l’artiste et le politique Martelly a cantonné les travailleurs et les militants de la création dans la retenue, laissant du coup dans la marge toutes ces petites associations moralisatrices, oreilles sensibles, certes, mais les yeux fermés sur la corruption agressive et tenace dans les secteurs tant publics que privés.

 

La succession de Jovenel Moïse, qui n’a pas encore bouclé la première année de son mandat de cinq ans, est-elle le centre de ce pugilat dans une atmosphère de carnaval ? Le moins que l’on puisse affirmer, le carnaval est plus qu’une grande fête populaire. C’est un terrain de jeu non règlementaire pour les coups bas, les grands déballages et le placement expert des pions qui donneront des résultats que dans quatre ans.

 

Cette semaine, la République bruisse de rumeurs sur le sort qui pourrait être réservé au rapport de l’enquête commandée par le Sénat de la République à une commission sénatoriale spéciale. La question de recevabilité du rapport éclaircie, il paraît que la boîte de pandore n’est juste qu’entr’ouverte. De grosses surprises s’y cachent au fond.

 

Au Parlement comme dans les cercles proches de la Présidence, les luttes d’influences au sommet de l’État dictent le ton et pourrissent l’ambiance du carnaval qu’on a toujours aimé festif, débridé, railleur, osé, amical et « piqué ». Nous pouvons nous tromper, mais il s’agit de notre interprétation du carnaval, le lieu admis de l’exposition et de l’expression de la nudité, de la bêtise, de la médisance et de toutes les folies possibles et imaginables pourvu qu’elles ne tuent pas.

 

Reste à savoir pourquoi la hache de guerre est déterrée entre Martelly et Latortue, deux anciens partenaires et amis autour d’un plat de boulettes. Puantes.

 

Dieu a toujours su préserver les politiciens de leurs amis. De leurs ennemis, carnaval ou pas, ils ont l’art de s’en occuper.

Jean-Euphèle Milcé

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